Plan de sauvetage

Bruxelles donne une chance au système bancaire italien

Le gouvernement italien pourra injecter 6,6 milliards d’euros pour sauver la banque Monte dei Paschi di Siena, en difficulté à cause de ses mauvaises créances. Quelque 700 petites banques sont dans la même situation

Après six mois de négociations, la Commission européenne et le gouvernement italien sont parvenus à un accord jeudi pour sauver la banque Monte dei Paschi di Siena (BMPS), la plus ancienne banque et jusqu’à récemment parmi les plus grandes italiennes. Moyennant sa validation par la Banque centrale européenne (BCE), Rome pourra aller de l’avant avec son plan de restructuration rendu public en décembre 2016. Il s’agit, d’une part, de renflouer son capital et, d’autre part, de réorganiser son fonctionnement, qui devrait se traduire par la fermeture de nombreuses succursales et la suppression de 5000 places de travail sur 25 000. Mais surtout, l’accord ouvre la voie à la mise en place d’un mécanisme pour dédommager les quelque 42 000 épargnants dont les avoirs avaient été transformés en obligations, sans même que ces derniers en soient informés.

Aide publique déguisée

L’Etat italien injectera 6,6 milliards d’euros dans BMPS, dont 2 milliards compenseront les pertes des épargnants. Cette somme représente 70% de capital, une participation qui de facto est synonyme de nationalisation. L’accord a été critiqué par les Verts européens, qui estiment «que l’argent investi par le gouvernement italien équivaut à de l’aide publique, en violation des règles européennes». «La confiance dans la loi bancaire européenne est maintenant entre les mains de la BCE, qui devra déterminer si la banque est vraiment solvable», a déclaré jeudi le député européen et porte-parole du parti écologique, Sven Giegold.

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BMPS, dont l’action est passée de 572 euros à 15,08 euros en cinq ans, est au centre des inquiétudes en Italie et au sein de la zone euro. Elle croule sous le poids des crédits pourris, c’est-à-dire les emprunts qu’elle ne pourra sans doute pas recouvrer, à hauteur de 26 milliards d’euros. En réalité, c’est tout le système bancaire italien qui est fragilisé par des mauvaises créances qui totalisent 360 milliards d’euros. A elles seules, les banques italiennes détiendraient un tiers des crédits à risque au sein de la zone euro. Depuis plusieurs mois, des économistes mettent en garde contre leur écroulement, ce qui mettrait en péril l’ensemble du système financier européen. En cas de banqueroute, ce sont les banques allemandes et françaises qui seraient à leur tour frappées de plein fouet pour avoir prêté aux banques italiennes.

Opération de charme

A l’issue de deux années de récession (2012 et 2013), d’une année blanche (2014) et de deux années de croissance inférieure à 1% (2015 et 2016), la capacité des clients bancaires à rembourser leurs dettes a largement été entamée. D’où la montagne de mauvaises créances. Les autres pays européens ont connu le même sort, sauf qu’en Italie, les autorités ont ignoré les appels lancés tant par Bruxelles que par le Fonds monétaire international pour nettoyer les bilans des banques. Quelque 700 banques italiennes sont concernées par le plan de restructuration, la BMPS étant le maillon le plus faible du système bancaire du pays. A la fin de l’année dernière, elle avait lancé une opération de charme pour lever 5 milliards d’euros. Sans succès.

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L’accord signé entre Bruxelles et Rome permettra à l’Italie d’injecter du capital dans BMPS de façon préventive, en respectant les règles européennes, tout en limitant le fardeau pour les contribuables italiens

Pour la mise en œuvre de son plan de sauvetage, l’Italie ne pouvait pas contourner la Commission. Fort de l’expérience de la crise financière de 2011-2012, Bruxelles a mis en place l’union bancaire, dont un premier bras (mécanisme unique de surveillance) qui veille à la solidité des banques et un deuxième (mécanisme unique de résolution) qui peut venir en aide à celles se trouvant en difficulté. L’objectif de la Commission a été d’éviter que l’argent des contribuables soit mobilisé pour sauver des banques. En 2016, le stress test conduit par la BCE avait mis le doigt sur la faiblesse de BMPS.

«L’accord signé entre Bruxelles et Rome permettra à l’Italie d’injecter du capital dans BMPS de façon préventive, en respectant les règles européennes, tout en limitant le fardeau pour les contribuables italiens, a déclaré jeudi Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence, jeudi après sa conclusion. La recapitalisation peut commencer, en parallèle avec la restructuration de la banque.» In fine, a-t-elle ajouté, «l’objectif est que les banques se mettent au service des entreprises et de l’économie italiennes».

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