Le nouvel incendie financier déclenché par la crise des banques irlandaises est loin d’être éteint. Plusieurs grands titres de la presse internationale, dont le très influent «Wall Street Journal», l’ont encore attisé ce vendredi matin en affirmant que la Commission européenne a proposé de doubler la capacité de son mécanisme de stabilisation basé à Luxembourg, dont les seize Etats membres de la zone Euro (plus la Suède et la Pologne) garantissent pour l’heure jusqu’à 440 millions d’euros d’emprunt. Viennent s’y ajouter 60 milliards d’euros garantis sur le budget communautaire et 250 milliards de la part du Fonds monétaire international. Le «Financial Times Deutschland» affirme que l’UE pousse le Portugal, autre pays vulnérable, à demander à son tour une aide d’urgence communautaire.

Un doublement à 880 millions d’euros des garanties alloués au Fonds de secours ferait passer le dispositif d’urgence de l’UE au-delà des mille milliards d’euros, un chiffre symbole de la détresse de l’eurogroupe et de la vulnérabilité actuelle de la monnaie unique. Le président de la Banque centrale allemande Axel Weber avait allumé la mèche en laissant entendre que les engagements d’urgence «pourraient être relevés». La Commission européenne a toutefois catégoriquement démenti cette option jeudi après midi et devrait à nouveau s’exprimer ce vendredi. Son intervention coïncidera avec les ultimes mises au point du plan de sauvetage des banques irlandaises à hauteur de 85 milliards d’euros, dont le détail sera dévoilé ce week-end, une semaine après son approbation par les autorités de Dublin.

Une conférence téléphonique des ministres des finances de l’UE aura lieu à nouveau dimanche. Elle pourrait, en cas d’urgence, se transformer en réunion extraordinaire à Bruxelles comme cela avait été le cas au chevet de la Grèce. Les grands argentiers européens se retrouveront ensuite le 7 décembre pour discuter de la création d’un mécanisme permanent de gestion des crises financières après 2013, date de l’expiration du fonds de secours actuel. Il sera entériné, avec une procédure de révision «a minima» du traité de Lisbonne, par les chefs d’Etat ou de gouvernement des Vingt-Sept lors de leur sommet des 16 et 17 décembre à Bruxelles.

Ce branle-bas de combat financier se déroule sur fond de dialogue de sourds entre autorités politiques et les marchés financiers. Jeudi, la chancelière allemande Angela Merkel a de nouveau redit sa confiance dans l’euro après un entretien téléphonique avec Nicolas Sarkozy. Mais les paroles des dirigeants européens, pour l’heure, ne suffisent pas et le coût de la dette explose dans la zone euro. Les rendements des obligations des États irlandais, portugais et espagnol ont atteint ces jours-ci des records depuis la création de la monnaie unique.