La Commission de Bruxelles ne badine pas avec les règles de la concurrence. Ses services ont effectué mardi des perquisitions dans huit banques en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne soupçonnées d'avoir créé un cartel pour fixer les tarifs de leurs commissions et frais après le lancement de l'euro le 1er janvier dernier.

«Nous avons décidé d'entreprendre une action pour obtenir des indications suffisantes pour savoir s'il y avait eu des concertations au niveau national et/ou européen entre banques», a annoncé en fin d'après-midi le commissaire européen à la Concurrence, Karel Van Miert. «Nous avons visité huit banques dans quatre Etats membres, nous espérons les avoir prises par surprise», a-t-il ajouté devant la commission monétaire du Parlement européen réunie à Bruxelles.

La Commission de Bruxelles, «gendarme» européen de la concurrence, précise que les raids effectués depuis l'aube ont visé le Crédit agricole et la Société générale (France), la Deutsche Bank et la Dresdner Bank (Allemagne), Argentaria et BBV (Espagne), ainsi que BCI Comit et Cariplo (Italie).

Karel Van Miert les soupçonne d'avoir fixé le montant de leurs commissions de change et frais de paiement internationaux après le lancement de l'euro par concertation, une pratique interdite par les règlements européens et passible de lourdes amendes. Des informations écrites ont également été demandées à d'autres institutions financières et associations bancaires, sans que l'on sache lesquelles.

«On verra au vu de l'enquête s'il y a lieu d'engager des procédures de violation des règles européennes en matière de concurrence», a indiqué Karel Van Miert en précisant que «c'est une mise en garde très claire, un avertissement au monde bancaire qu'il doit y avoir de la concurrence en matière de coûts».

A la veille du lancement de l'euro, la Commission avait renoncé à édicter des mesures contraignantes, les banques s'étant engagées à souscrire à un code de bonne conduite en matière de frais et commissions. En vertu de ce code, les frais de traitement d'opérations sont autorisés. La conversion en euros est en revanche gratuite pendant la période transitoire qui précède la mise en circulation des pièces et des billets le 1er janvier 2002.

Etonnées de ne pas profiter des bénéfices entraînés par l'euro, de nombreuses associations de consommateurs et députés européens se sont plaint auprès de la Commission en accusant les banques de percevoir des commissions et frais excessifs.

De fait, une enquête réalisée dans six pays de l'Euroland a fait apparaître de fortes disparités entre Etats, mais peu de différences entre banques au sein d'un même pays.

Les banques allemandes perçoivent ainsi une commission de 3 à 4% pour changer entre elles des monnaies de la zone euro, contre 1,25% seulement en Belgique.