Les relations entre Bruxelles et Pékin se détendent d’un cran; un accord a été trouvé sur la question des panneaux solaires. Dans un communiqué publié samedi, le commissaire européen en charge du Commerce Karel De Gucht a annoncé avoir «trouvé une solution amiable dans l’affaire des panneaux solaires UE-Chine qui va conduire à un nouvel équilibre sur le marché à un niveau durable de prix». Après «des semaines de discussions intensives», Karel De Gucht s’est déclaré «satisfait». Pékin, pour sa part, a salué cet accord conclu avec «sagesse» et «pragmatisme». Les représentants de l’industrie photovoltaïque ont réagi de manière contrastée.

En juin, Bruxelles avait annoncé la mise en place d’une taxe antidumping sur les panneaux solaires en provenance de Chine. Dans un premier temps, elle devait se monter à 11,8% de chaque panneau solaire chinois arrivant en Europe. Dès le 6 août, cette taxe devait atteindre 47,6%. «Grâce à des prix cassés, les fabricants chinois occupent 88% du marché européen et grâce à leur surcapacité, ils produisent 150% de la demande mondiale», avait alors dénoncé l’architecte de cette taxe, le même commissaire européen Karel De Gucht.

L’accord annoncé ce week-end ne devrait pas fixer de prix à un niveau spécifique, mais plutôt «les empêcher de tomber en dessous d’un certain seuil», souligne le communiqué. Concrètement, un «prix plancher» par panneau solaire sera fixé pour éviter que la différence à payer entre un capteur asiatique et européen ne soit trop flagrante. Les sociétés chinoises qui acceptent de participer à cet accord seront exemptées de la taxe antidumping annoncée en juin.

L’idée du prix plancher jugée «bonne»

Pour l’heure, peu d’informations ont filtré sur cette entente sino-européenne. Et en particulier, le montant du prix plancher. Dans son communiqué, le commissaire De Gucht précise en effet que certains détails ne peuvent pas être communiqués avant l’adoption de l’accord par la Commission européenne.

Interrogé par Le Temps, le président de l’association suisse des professionnels du solaire du solaire salue cet accord. «Il permet aux acheteurs comme aux vendeurs de se projeter dans l’avenir. Depuis le début juin, l’industrie suisse du solaire était dans une grande incertitude», souligne David Stickelberger. Il indique toutefois que cette annonce était relativement «attendue; on pensait bien qu’un compromis serait trouvé et que l’annonce, en juin, de cette surtaxe n’était qu’une menace pour faire avancer les négociations avec la Chine.»

L’idée de fixer un prix plancher est en outre jugée bonne par David Stickelberger: «Cela donnera aussi un peu d’air aux entreprises chinoises qui vendent actuellement à perte pour rester compétitives». Toutefois, même sans connaître encore les détails de l’accord, le patron de Swissolar pointe un danger: le prix plancher devra être «flexible et réévalué périodiquement. Car les coûts de production des panneaux solaires sont encore appelés à baisser.»

«Claire violation de la loi européenne»

A Bruxelles, l’organisation regroupant les acteurs de l’industrie solaire européenne a répliqué en l’espace de quelques heures. Disant déjà connaître certains détails – comme le prix minimum oscillant entre 55 à 57 centimes d’euros par panneaux solaires –, EU ProSun a annoncé qu’elle allait attaquer cette entente devant la Cour européenne à Luxembourg.

Milan Nitzschke, président d’EU Prosun, a fustigé les termes de cet accord, considérant qu’il s’agissait d’«une claire violation de la loi européenne. Durant les négociations, la Commission européenne a de toute évidence agi contre sa mission et n’a pas représenté les intérêts de l’industrie». Le prix dénoncé par EU ProSun serait «exactement celui que les Chinois arrivent actuellement à proposer» sur le marché mondial.

L’Afase – une coalition de plus de 750 sociétés européennes actives dans l’industrie du solaire – appelle à la prudence avant de connaître les détails de l’arrangement. Car une hausse trop drastique des prix des panneaux solaires provoquerait une baisse de la demande, déjà mal en point en Europe. Cela «entraînerait une réduction significative du nombre d’emplois tout au long de la chaîne de valeur» de l’industrie, juge cette association Indirectement, les entreprises européennes seraient donc frappées de plein fouet. En juin, l’Afase s’était opposée à l’instauration de la taxe antidumping.

L’annonce de cette surtaxe avait provoqué un tollé à Pékin. En juin, certains médias chinois étaient allés jusqu’à évoquer une «déclaration de guerre» de la part de l’Union européenne. Le lendemain, le gouvernement chinois avait répliqué en annonçant une enquête antidumping sur les vins européens exportés en Chine.

A ce propos, la ministre française du Commerce extérieur, Nicole Bricq, a souhaité samedi que cet accord puisse mettre fin à l’enquête antidumping menée par la Chine sur le vin importé de l’UE. «Je souhaite qu’il permette, en retour, que les autorités chinoises mettent fin à l’enquête antidumping lancée sur le vin européen», a déclaré la ministre. La Chine ne s’est pas exprimé sur cette question.