C’est une carte maîtresse que l’Union européenne (UE) avait précieusement conservée depuis septembre 2012. Elle la sort au point nommé. Les négociations trilatérales Moscou-Kiev-Bruxelles pour la livraison de gaz russe à l’Ukraine pour 2015-2016 se trouvent à un tournant; une réunion technique qui eu lieu à la fin de la semaine dernière à Bruxelles n’a pas été concluante. L’Union européenne (UE) lancerait ce mercredi une procédure contre Gazprom pour abus de position dominante et entrave à la concurrence. Si cette information du Financial Times de ce mardi se vérifie, ce serait aussi un acte hautement politique à l’égard de la Russie. Des diplomates cités par le quotidien craignent que cette initiative se soit comprise comme une provocation à la Russie et qu’elle est en contradiction avec les efforts pour la mise en œuvre de l’Accord de Minsk sur l’Ukraine.

Anticipant cette initiative déjà la semaine passée, le patron du géant gazier russe Alexei Miller avait déclaré qu’elle produirait un effet boumerang et que le consommateur européen finirait par payer son gaz beaucoup plus cher. «Nous sommes certains que rien ne brouillera les bonnes relations entre Gazprom et l’UE», a-t-il dit également dans le Financial Times. Nous savons que le gaz russe ne sera pas remplacé.»

Bruxelles reproche à Gazprom de pratiquer des prix discriminatoires et élevés aux pays d’Europe de l’Est, notamment la Lituanie, l’Estonie, la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, la Lettonie, la Slovaquie et la Pologne. Ces derniers parlent de «prix politiques» que Moscou pratique à leur égard. A ce propos, la Commission a déjà demandé qu’elle puisse être partie prenante dans les négociations de tous les futurs contrats et dans la mesure du possible, qu’elle puisse aussi négocier des contrats collectifs pour obtenir les meilleurs prix.

Pas plus tard que la semaine dernière, la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager avait affirmé toute initiative contre Gazprom serait motivé par des faits objectifs et non pas pour des raisons politiques. Elle est revenue à la charge lundi en déclarant à Bloomberg TV que sa fonction était de «surveiller si les clients obtiennent les meilleurs prix ou si une compagnie en position dominante utilise sa force pour pratiquer des prix différents selon les clients. Cela signifie beaucoup si un pays paie plus pour son gaz qu’il ne devrait.»

Les pays d’Europe de l’Est tentent en effet de casser leur dépendance sur le gaz russe, mais ils ont moins de possibilité de diversifier les sources d’approvisionnement que les pays d’Europe du Sud qui peuvent compter sur les livraisons algériennes ainsi que sur le gaz liquéfié qatari. Dans l’ensemble, les Vingt-Huit importent 33% de leurs besoins gaziers de la Russie, mais certains pays d’Europe de l’Est en sont dépendants à 100%.

La Commissaire à la Concurrence a instruit son enquête en se basant sur les prix relativement bas que Gazprom offre à l’Allemagne par rapport aux autres pays. Mais selon Alexei Miller, Berlin a négocié un prix pour l’ensemble de ses importations énergétiques (gaz et pétrole) de la Russie, ce qui n’est pas le cas pour tous les pays. Mais au-delà du prix de livraison qui peut effectivement varier d’un client à un autre, les autorités européennes voudraient aussi que le gaz russe importé par un pays puisse, en cas de besoin, être redirigé vers un autre. L’an dernier, Moscou avait fait opposition lorsque plusieurs pays, notamment la Slovaquie, voulaient livrer du gaz russe à l’Ukraine. (FIN)