Il y a un mois, la Commission européenne avait fait part de sa souplesse sur son projet de directive unifiant le marché des services. Celle-ci constitue un élément central de sa stratégie dite «de Lisbonne», nouvelle priorité affichée à Bruxelles en vue de stimuler la croissance européenne.

Cette semaine, Charlie McCreevy, commissaire au Marché intérieur, a confirmé que ce texte qui, des coiffeurs aux notaires en passant par l'audiovisuel, veut libéraliser la prestation des services en Europe «ne passerait pas sans changements». «Nous allons exclure de la portée de la directive la santé et les services d'intérêt général financés publiquement», s'est-il avancé. Il a également promis de «trouver une solution» sur le principe du pays d'origine – controversé en France, en Allemagne, en Suède et en Belgique – qui devait permettre aux prestataires de services homologués par une autorité nationale d'exercer partout en Europe aux mêmes conditions.

La directive sur les services – dite «Bolkestein» du nom de son concepteur dans le précédent exécutif européen – est devenue un casse-tête pour la Commission. Comment calmer les oppositions féroces qu'elle soulève dans plusieurs pays de l'Ouest sans la vider d'une substance qui procède de l'existence même du marché intérieur européen, où les obstacles aux échanges transfrontaliers ont vocation à disparaître? Voilà le défi qu'affronte un exécutif fraîchement débarqué à Bruxelles, naviguant à vue entre des écueils dont il commence à peine à mesurer l'ampleur.

Réunion ce lundi

La pression vient surtout de la France, confrontée à un référendum sur la Constitution où le débat fuse sur le social et les délocalisations, et de l'Allemagne. Elle a été relayée par les syndicats et les socialistes au Parlement européen.

Dans cet environnement hostile, la Commission a annoncé que la directive serait remaniée pour éviter, entre autres, tout «dumping social», jure Charlie McCreevy. Elle n'entend cependant ni la retirer, ni intervenir trop directement sur le fond avant que le Parlement européen et le Conseil des Etats membres de l'Union aient dit leur mot. Ce qui, compte tenu du calendrier institutionnel, reporte ses décisions au plus tôt en juin, au plus tard à l'automne prochain, voire à la fin de l'année, vu l'ampleur du défi.

C'est encore trop d'obstination pour certains opposants qui jugent que Bruxelles s'accroche au texte. C'est, au contraire, peu courageux disent ceux qui veulent la libéralisation et accusent la Commission de diluer le projet. Les Verts ont estimé que les opposants devaient rester mobilisés pour que «les déclarations de la Commission européenne ne soient pas un simple rideau de fumée à la veille du référendum français». En face, on ne s'inquiète pas moins: «Le principe du pays d'origine est un élément clé du marché intérieur», a rappelé le secrétaire de l'organisation des patrons des patrons européens, Philippe de Buck. Charlie McCreevy, pour sa part, semble surtout vouloir mettre sur le dos de ses prédécesseurs le marasme politique actuel: «Ni moi, ni le président Barroso n'avons participé à la rédaction de cette directive!»

Dès lundi, les ministres européens réunis pour un Conseil compétitivité tenteront d'y voir plus clair, en écoutant Charlie McCreevy et Günter Verheugen, commissaire à la Compétitivité. Un diplomate européen juge que la Commission cherche «des voies de compromis». Exclure du champ d'application la santé et les services publics? «Il faut voir ce que cela veut dire», s'interroge-t-il. Quant au principe du pays d'origine il faudra voir comment il s'articule par rapport à chacun des secteurs couverts par la directive. «Nous nous trouvons maintenant dans une situation de dialogue, mais sans intention de retirer» le texte, conclut-il.