En ces temps de folle inflation des produits agricoles, les inspections surprises menées par les autorités de la concurrence européennes chez plusieurs grands négociants et distributeurs de céréales (LT du 11 juillet) attisent immédiatement le soupçon. Surtout quand les services de la concurrence de Bruxelles ont «des raisons de croire» que les sociétés visées pourraient avoir enfreint les règles anticartellaires. «Etape préliminaire dans une enquête de possibles ententes cartellaires», les descentes menées jeudi dans deux pays de l'Union ne préjugent cependant en rien de la culpabilité des entreprises visées, précise la Commission européenne.

Inspections en Italie

Parmi les firmes qui ont reçu la visite d'inspecteurs de la concurrence, les bureaux italiens de Cargill. «Nous continuerons de fournir toute l'aide nécessaire aux représentants de la Commission à l'avenir», réagit un porte-parole londonien du géant du négoce. Le bureau de Rome de Bunge, leader mondial des huiles végétales, a également été inspecté. «Ces procédures d'enquête sont fréquentes de la part des autorités de tous les pays où nous opérons, même si elles sont généralement peu connues», relativise Jean-Louis Gourbin, responsable des activités européennes du groupe. Le deuxième pays dans lequel les inspections se sont déroulées n'était toujours pas connu hier. Ce n'était en tout cas pas la France, le Ministère de l'agriculture n'ayant pas relevé de telles actions.

Confusion sur les marchés

Cette surveillance accrue des marchés des matières premières n'est en rien le seul fait de l'Europe. Aux Etats-Unis, la Commodities Futures Trading Commission enquête depuis des mois sur le fonctionnement du marché du pétrole et suit de très près ce qui se passe sur le coton.

«Pour l'instant le secteur ne se formalise guère», réagit le responsable d'une petite firme de négoce parisienne de céréales et d'oléagineux. Il paraît difficile de manipuler le marché, «surtout en ce moment», explique ce dernier. «Si, il y a dix ans, vous pouviez acheter 50000 tonnes de blé et espérer faire monter les prix; aujourd'hui personne ne comprend vraiment les fluctuations de cours emportés par des fonds d'investissements qui viennent se poser comme une nuée de criquets sur le marché». «On ne peut que regarder passer le train», soupire-t-il. Une confusion qui ne peut cependant qu'inciter les autorités de la concurrence à suivre de très près les agissements de poids lourds du secteur.