Après Nicolas Sarkozy, le nouvel allié de José Manuel Barroso se nomme Gordon Brown. Dès l'ouverture du sommet européen hier, le premier ministre britannique, politiquement remis en selle par la crise, a réitéré son appel à une nouvelle régulation financière internationale. «Nous avons non seulement besoin d'une meilleure supervision, mais aussi d'un système d'alerte précoce», a-t-il déclaré. De quoi réconforter le président de la Commission européenne, arrivé à la table des chefs d'Etat et de gouvernement avec plusieurs propositions, dont la création d'un groupe «de haut niveau», coprésidé par lui-même et l'ex-patron du Fonds monétaire international Jacques de Larosière.

Officialisé mardi, ce groupe d'experts sera une boîte à idées chargée de réfléchir à la régulation des banques transfrontalières. Il transmettra ses recommandations à une «cellule de suivi» de la crise que les 27 devraient créer. Celle-ci réunira les présidents de la Banque centrale européenne, de la Commission, de l'Eurogroupe et du Conseil.

Le chantier prioritaire proposé par José Manuel Barroso depuis une semaine est la création d'un «collège de superviseurs nationaux» pour les banques transfrontalières. Le modèle évoqué est celui du Comité européen des régulateurs de marchés de valeurs mobilières (CESR), de 30 membres, créé en juillet 2001 à l'instigation d'un groupe d'experts réunis autour du président de l'Institut monétaire européen de l'époque, Alexandre Lamfalussy. Huit mille banques opèrent aujourd'hui à travers l'Union. Mais les deux tiers de leurs actifs bancaires sont détenus par 44 institutions transfrontalières opérant dans 15 pays.

Veto possible

Le problème, confirmé hier dès le début du sommet, est que José Manuel Barroso peine à recueillir l'unanimité sur son projet. Le Parlement européen reproche à ses services d'avoir ignoré depuis 2002 ses demandes en faveur de règles financières accrues. Les gouvernements les plus libéraux de l'Union, comme ceux des pays Baltes ou de l'Europe centrale, renâclent à «communautariser» une supervision susceptible, selon eux, d'entraver les marchés et d'être dictée par les grands pays de l'UE. Le premier ministre tchèque, Mirek Topolanek - dont le pays succédera à la France à la tête de l'UE -, s'est ainsi dit prêt hier à «opposer son veto» à toute proposition qui dépasserait le «bon sens».

L'aspect politique est aussi problématique pour José Manuel Barroso, dont la réélection dépendra des élections européennes de juin 2009 et du soutien des Etats membres. Bien qu'il s'en défende aujourd'hui, ce dernier est perçu comme un libéral convaincu. Les critiques fusent encore plus sur son commissaire au Marché intérieur, l'Irlandais Charlie McCreevy. La seule à tirer son épingle du jeu, pour l'heure, est la commissaire à la Concurrence, Nelly Kroes, dont les services ont approuvé hier les plans britannique et irlandais d'aide aux banques. Vingt équipes de sa DG Compétition examinent actuellement les «plans de sauvetage» avoisinant les 1200 milliards d'euros qu'ils ont promis d'évaluer en 24 heures.