Q elque 5 milliards de francs suisses (3,3 milliards d'euros): c'est le prix que paiera Dexia pour acquérir Artesia Banking Corporation, et devenir ainsi le deuxième bancassureur de Belgique, après Fortis. Le groupe franco-belge émettra 17,9 millions de titres représentant 15,5% de son capital ainsi élargi. «Une telle valorisation correspond à des multiples de 1,56 fois le fonds propre d'Artesia BC et 14,8 fois les bénéfices ajustés de l'an 2000», précise Pierre Richard, président de Dexia. La nouvelle société présentera un total de bilan, pro forma 2000, de 333,3 milliards d'euros pour un bénéfice net de 1,19 milliard. Le groupe emploiera 23 670 salariés.

A l'heure actuelle, Dexia a trois métiers principaux: les services financiers aux collectivités locales, «un secteur où nous sommes leaders mondiaux» qui représente environ 40% du résultat (au total, Dexia a réalisé l'an denier un résultat brut d'exploitation de 1,67 milliard d'euros, en hausse de 15,8%, ou 23,9% hors éléments exceptionnels). Artesia n'apportera pas grand-chose à ce secteur. Mais l'entrée des autres activités dans le total du résultat «va entraîner un rééquilibrage à parts égales de nos trois métiers», note Pierre Richard. La banque de proximité, avec son corollaire, la bancassurance, représentait 19% du résultat. Bien implantée en Belgique, Dexia y annonce environ 950 agents, tous indépendants. Artesia y ajoutera ses 500 agences Bacob. «Selon des études, un réseau équilibré tourne autour de 1000 à 1100 agences», note Luc Onclin, vice-président de Dexia, ouvrant la porte à une redéfinition du réseau, avec, à la clé, un millier d'emplois en moins.

En outre, Artesia apporte à Dexia Les Assurances Populaires, sa filiale à 82%, active dans l'assurance vie et non vie. L'an dernier, la part de l'activité d'assurance dans le bénéfice d'Artesia s'est élevée à 59 millions d'euros. Le total de l'encaissement de primes a bondi de 31,4%, à 1,38 milliard. De l'avis des analystes, cette branche constitue le plus beau cadeau que Dexia trouvera dans la corbeille de mariés. Dexia affirme déjà faire partie des leaders européens dans la banque privée et la gestion d'actifs. Ces métiers représentent 25% du résultat. Avec Artesia, Dexia rachète Cordius, qui gère 16,5 milliards d'euros.

Restent les coûts de restructurations et les synergies. «Les charges de restructuration ont été estimées entre 250 et 300 millions d'euros», indique Pierre Richard. Mais à partir de 2005, les dirigeants de Dexia affirment pouvoir dégager 200 millions par an, dont 170 millions d'économies.