New Delhi, pour contrebalancer Pékin? Pour la délégation de l'Union européenne reçue vendredi dans la capitale indienne pour le huitième sommet UE-Inde, la question se pose évidemment. Neuvième partenaire commercial de l'Union en 2006 - alors que la Chine s'est hissée à la 2e place depuis 2003 derrière les Etats-Unis - l'Inde offre l'avantage d'échanges bilatéraux plus équilibrés avec les 27. Selon les chiffres 2006 d'Eurostat, les 27 ont exporté vers la Fédération indienne pour 24,6 milliards d'euros de biens en 2006, contre des importations estimées à 22,7 milliards. Les échanges de biens avec la Chine, pour la même période, accusaient en revanche un déficit de 130 milliards d'euros. Lequel ne cesse de se creuser...

Pas étonnant, dès lors, que Bruxelles et New Delhi cherchent à accélérer le flot entre les deux continents. Vendredi, le duo européen composé du président de la Commission José-Manuel Barroso et du premier ministre portugais José Socrates ont donc affirmé, avec le chef du gouvernement Manhoman Singh «espérer être en mesure de signer un accord de libre-échange d'ici au prochain sommet», fin 2008.

Offensive en Asie

Les discussions bloquaient jusque-là sur la volonté des 27 d'insérer dans l'accord une clause devenue rituelle sur les «éléments essentiels de droits de l'homme et de démocratie». Un autre obstacle est la demande indienne d'une dérogation pour les produits et les services locaux achetés par l'Etat à des tarifs préférentiels. Selon le Financial Times, l'Inde demanderait au bout du compte un accès libre au marché communautaire pour 95% de ses produits, alors qu'elle n'offre un accès identique qu'à 90% des produits européens. Ce que l'Union ne juge plus rédhibitoire: «Nous nous calerons sur ce que l'Inde propose» a estimé, vendredi, le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson.

L'accord en germe avec New Delhi complète l'offensive commerciale de l'UE en Asie. Deux autres accords de libre-échange sont en négociation avec la Corée du sud et l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN). Les discussions en vue d'un accord-cadre bilatéral avec le Vietnam ont aussi été lancées le 26 novembre à Hanoï. La Commission européenne estime qu'une fois ces accords signés, les exportations dans la zone progresseront de 40 milliards d'euros annuels, soit environ 3%. Dans le cas de l'Inde, le parallèle avec la Chine s'impose d'autant plus que le sommet de vendredi intervenait trois jours après celui du 28 novembre à Pékin, au cours duquel les Européens n'ont pas réussi à faire fléchir les autorités de Pékin sur la parité yuan-euro, défavorable à la monnaie commune. «La dynamique indienne est tout aussi forte, reconnaît un diplomate. Rappelons-nous que ce pays était, en 2000, notre 17e partenaire commercial!»

Les chiffres, pour le reste, parlent d'eux-mêmes: la croissance indienne devrait atteindre cette année 9,4%, contre 8,6% en 2006, et les échanges bilatéraux avec l'UE ont atteint l'an dernier 40 milliards d'euros. Selon les chiffres donnés par Eurostat, les trois premiers exportateurs de biens et de services européens vers le deuxième pays le plus peuplé du monde sont l'Allemagne (6,3 milliards et le plus grand excédent commercial: 2,5 milliards), la Belgique (4,6 milliards) et le Royaume-Uni (4 milliards).