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Le directeur de l’établissement Stefano Coduri a démissionné avec effet immédiat ce mardi. L’antenne singapourienne de l’enseigne s’est vue retirer sa licence quelques heures plus tôt.
© PABLO GIANINAZZI, KEYSTONE/TI-PRESS PABLO GIANINAZZI

Corruption

BSI coulée par son rôle de plaque tournante dans le scandale financier malaisien

Le directeur général de l’établissement tessinois a démissionné avec effet immédiat. Moyennant un démantèlement de l’enseigne, les autorités helvétiques ont autorisé son rachat par EFG. Les transactions faisant l’objet d’une enquête pénale fédérale ont pour origine des comptes Coutts à Zürich

La banque BSI est en pleine tourmente. Le Ministère public de la Confédération (MPC) a annoncé mardi l’ouverture d’une procédure pénale contre l’établissement tessinois. L’enseigne, dont le directeur général Stefano Coduri a démissionné avec effet immédiat, avait stoppé ses activités à Singapour quelques heures plus tôt. De l’aveu de la justice singapourienne, le comportement de BSI constitue «le pire cas de malversations grossières auxquelles les autorités financières du pays ont pu assister à ce jour».

Lire aussi: Les banques suisses épinglées dans le détournement de quatre milliards de dollars en Malaisie

Les poursuites diligentées par le parquet fédéral portent sur le détournement supposé de fonds publics malaisiens. L’affaire porte notamment sur la soustraction de plusieurs centaines de millions de dollars au préjudice du fonds souverain 1MDB. Elle menace directement le premier ministre malaisien Najib Razak, soupçonné d'avoir profité de ces détournements, mais qui conteste toute malversation et s'agrippe fermement au pouvoir.

Quatre schémas frauduleux identifiés en Suisse

Il s’agit d’un tournant décisif dans le volet helvétique de l’un des plus gros scandales financiers de l’histoire asiatique. La démarche s’inscrit en parallèle aux «graves infractions» en matière de lutte anti-blanchiment d’argent révélées le même jour par la Finma au sujet de BSI. Celle-ci préconise un démantèlement expéditif de l’établissement dans le cadre de son rachat par EFG, transaction ayant paradoxalement été validée dans la foulée.

Lire aussi : «La BSI a servi de plaque tournante pour des transactions douteuses»

Comment en est-on arrivé là? En février dernier, le Parquet fédéral ouvre une enquête pénale portant sur le détournement d’environ quatre milliards de francs aux dépens d’entreprises publiques malaisiennes. Les soupçons de fraude se concentrent sur des transactions douteuses réparties entre 2009 et 2013.

Selon la Finma, la BSI avait développé une clientèle de fonds souverains qui formait même le groupe le plus important de ses clients. Bizarre, pour une banque privée censée s'occuper d'individus. Ces clients institutionnels payaient aussi des frais exorbitants, sans justification apparente.

BSI a aidé les fonds souverains à structurer leurs transactions de manière opaque et complexe, au risque de perdre le contrôle qu'elle devait exercer sur ces opérations. Dans le cas de 1MDB, la banque a «surveillé de manière insuffisante des relations avec un groupe de clients comprenant une centaine de comptes détenus chez elle», écrit la Finma. BSI a aussi «plausibilisé» certaines opérations avec des contrats de prêts plus ou moins fictifs.

Complexité des flux incriminés

Le Temps est parvenu à retracer l’une des quatre pistes de détournements évoquées par le MPC dans le vaste esclandre politico-financier de Malaisie. D’après les révélations du Genevois Xavier Justo, lequel purge actuellement une peine de trois ans de prison ferme à Bangkok pour avoir tenté de faire chanter son ex-employeur PetroSaudi, tout a commencé en 2009. Le groupe pétrolier détenu par le prince saoudien Turki bin Abdullah venait de signer un contrat de coentreprise avec le fonds 1MDB, fondé et contrôlé par le premier ministre de Malaisie Najib Razak. Objectif: stimuler les investissements directs moyen-orientaux vers Kuala Lumpur.

Au cours du montage financier, 700 millions de dollars disparaissent. Pour se retrouver, à en croire les «leaks» de Xavier Justo, sur un compte de la banque Coutts à Zürich, baptisé «Good Star» et situé aux Seychelles. Le bénéficiaire de cette structure offshore: Taek Jho Low, «golden boy» malaisien et personnage central de plusieurs schémas de détournement visés par la justice helvétique. Jho Low est un ami très proche du beau-fils de l’homme fort de Kuala Lumpur, Riza Aziz, par ailleurs producteur du film Le Loup de Wall Street, avec Leonardo DiCaprio.

Selon la presse internationale, une partie de ces 700 millions de dollars auraient finalement servi à financer une campagne difficile pour la réélection de Najib Razak en 2013. C’est dans ce contexte qu’intervient BSI. De Coutts Zürich, signalent les autorités monétaires de Singapour, une importante fraction des fonds incriminés – soit plus de 500 millions de dollars – ont été notamment transférés dans l’un des 26 comptes encore actifs détenus par Jho Low auprès de l’antenne locale de la banque tessinoise. A ce stade, rien n’indique encore avec précision quels montants ont atterri dans les poches de Najib Razak et son clan. Cela étant, son beau-fils est déjà soupçonné d’avoir financé le Loup de Wall Street avec l’argent supposé détourné.

L’UBP n’hériterait pas d’éventuelles poursuites contre Coutts

Qu’en est-il de la banque Coutts à Zürich, premier réceptacle des 700 millions de dollars issus de 1MDB? Comme dans le cas BSI, la Finma mène l’enquête, selon une petite note de bas de page figurant dans le rapport trimestriel présenté fin avril par son ex-maison mère Royal Bank of Scotland. Techniquement, il s’agit d’une procédure «d’enforcement», s’inscrivant dans le cadre d’une coopération plus large, avec d’autres juridictions (Singapour, Etats-Unis, etc.). La banque UBP, qui a finalisé le 11 avril dernier le rachat des activités internationales de Coutts, s’estime toutefois à l’abri de toute procédure. La banque genevoise dit en effet avoir acquis non pas l’entité visée par la Finma, mais tout ou partie de sa clientèle, ce qui lui évite d’hériter des éventuels litiges légaux de Coutts.

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