Bruxelles traitera le budget de la France sans faveur

Europe La Commission entame l’examen des budgets nationaux dèsce mercredi

Paris met en avant le contexte de faible croissance dansla zone euro

Michel Sapin n’a pas perdu un seul iota de sa bonne humeur habituelle lors de la réunion des ministres européens des Finances ces lundi et mardi au Luxembourg. A la veille de l’échéance ce mercredi pour la soumission des budgets nationaux pour examen à la Commission dans le cadre de l’exercice dit «semestre européen», le ministre français s’est voulu rassurant. Pourtant, le budget tricolore 2015 ne respecte de loin pas les critères du Pacte de stabilité. Ce qui, a priori, devrait lui valoir un rejet et le retour à la case départ à Paris.

Dès la présentation du budget 2015 le 1er octobre, les critiques fusent de toutes parts. Bercy s’était engagé à ramener le déficit budgétaire au-dessous de 3% en 2015, mais vient de repousser l’échéance à 2017.

Ni Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe, ni Jyrki Katainen, commissaire chargé des Affaires économiques et monétaires, n’ont voulu se prononcer sur un budget qui leur sera soumis ce mercredi. «L’Eurogroupe se prononcera sur la base des analyses de la Commission dans un délai de deux à trois semaines, a déclaré Jeroen Dijsselbloem. Je rappelle tout de même que la confiance est un facteur capital en période de crise. Tous les pays, sans exception, doivent suivre les règles afin de la maintenir.»

«Nous sommes confiants que la France nous enverra un budget 2015 solide et sain, a déclaré pour sa part Jyrki Katainen. Cela est important pour sa crédibilité, mais aussi pour celle de l’Union.» Il a aussi affirmé qu’aucune décision n’a été prise par rapport au budget français, mais que la Commission entend traiter tous les Etats, grands ou petits, sur le même pied d’égalité. «C’est notre devoir de respecter cette règle fondamentale», a dit l’ancien premier ministre finlandais. De la même façon, aucune décision n’a été prise pour l’Italie, dont le budget ne respecte pas le Pacte de stabilité, plus particulièrement du point de vue de l’endettement. Le gouvernement italien ne parviendra pas à ramener son endettement vers l’objectif de 60% de son produit intérieur brut.

Lors de la réunion de l’Eurogroupe, l’examen des budgets nationaux a été à peine mentionné. Il n’empêche que de nombreux pays ont, dans les coulisses, fait comprendre que la France doit entreprendre les réformes de son économie en profondeur comme tous les autres pays. «Nous avons serré la ceinture, la France doit en faire autant», s’est indigné un diplomate dont le pays a été soumis aux mesures d’austérité imposées par la Troïka (Commission, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Pour un diplomate allemand, la France agit de façon irresponsable dans la mesure où elle mine la confiance de la zone euro. Il a réclamé l’intransigeance de la part de la Commission, ajoutant que Berlin acceptera le budget français seulement si Paris prend des engagements écrits de réduire le train de vie de l’Etat.

Lors de ses conversations avec ses homologues et avec les responsables européens, Michel Sapin n’a pas demandé une quelconque clémence. «Notre budget a été fait dans un contexte de crise, où la croissance est insignifiante et l’inflation trop faible, a-t-il expliqué lundi soir. Nous avons tout de même pris une série de mesures drastiques pour couper dans les dépenses ainsi que pour donner une impulsion à la croissance.» Il a plaidé que la Commission analyse le budget français à la lumière de ces réalités.

Le ministre a donné deux exemples. «C’est la première fois depuis dix ans que les dépenses publiques augmentent de seulement 0,2% en 2015, contre une hausse d’au moins 2% par an durant la décennie écoulée», a-t-il affirmé. Ensuite, l’Etat français a décidé d’alléger les charges fiscales des entreprises de 11 milliards d’euros. «Cette mesure creuse le déficit, mais elle est destinée à créer de la croissance», a-t-il expliqué.

Enfin, loin de vouloir mettre les Européens devant le fait accompli, le ministre français a laissé les portes ouvertes à des ajustements. «Tout se fera dans le dialogue avec la Commission, a-t-il promis. Mais surtout, le budget 2015 sera en fin de compte le résultat des débats et des amendements inévitables au cours de son examen par le parlement français.»

«La France agit de façon irresponsable dans la mesure où elle mine la confiance de la zone euro»