Toujours pas de brioche pour l'Allemagne, qui l'an prochain, au vu de son budget 2005, devra poursuivre son régime de pumpernickel, ce pain noir et sûr de Westphalie que l'on sert avec les harengs. Le gouvernement de Gerhard Schröder devrait en effet présenter pour la quatrième année consécutive un budget déficitaire dépassant les limites de 3% du produit intérieur brut (PIB) imposées par l'Union européenne (UE) dans le traité de Maastricht.

Jeudi, le ministre des Finances néerlandais Gerrit Zalm a averti l'Allemagne, mais aussi l'Italie, la Grèce et le Portugal, que sans une correction de leur politique budgétaire ils allaient violer les critères de Maastricht. Pour l'année 2004, l'Allemagne avait déjà présenté un déficit de 3,8% du PIB.

Le ministre des Finances Hans Eichel assure qu'il atteindra les critères de convergence. Mais les six grands instituts économiques estiment que sans couper 10 milliards de subventions dans le budget 2005 on dépassera 3,5%. Le dilemme qui se pose au ministre des Finances est insoluble: faut-il s'aligner sur les critères de Maastricht et du coup sacrifier une croissance économique qui s'annonce déjà molle, ou encourager le redémarrage en soutenant la consommation intérieure? La marge de manœuvre de Hans Eichel est faible alors que s'approchent les élections de 2006.

Les indicateurs clignotent à Berlin. Certes, cette année la croissance sur laquelle tout le monde comptait, soit 1,8%, se confirme. Mais elle devrait se ralentir en 2005. Hans Eichel espérait remplir les critères de Maastricht grâce à une croissance pronostiquée à 1,8% l'an prochain et présenter un déficit de 21 milliards seulement. Or, il devrait avoisiner les 50 milliards. Les grands instituts économiques sont bien plus pessimistes. La croissance ne devrait pas dépasser 1,5%.

Ce sera insuffisant. Déjà cette année le ministre a dû demander au Bundestag une rallonge budgétaire de 14,4 milliards d'euros parce que les rentrées d'impôts étaient nettement inférieures aux prévisions. Pour accroître les rentrées fiscales, le gouvernement rose-vert a besoin de relancer la consommation intérieure. Jusqu'à présent ce sont les exportations qui ont soutenu le peu de croissance économique. Elles devraient avoir augmenté de 10% à la fin de l'année.

Pas de nouvelles économies

Mais cela ne suffit pas à assurer la croissance. Car la construction stagne et les Allemands n'achètent plus, ils gonflent au contraire leurs carnets d'épargne. On s'attend même à ce qu'en 2005 les grandes entreprises investissent 2 milliards de moins que cette année dans le renouvellement du parc de machines ou la création d'emplois. Dès lors, selon le secrétaire d'Etat au Parlement Karl Diller, de nouvelles coupes sévères dans le budget menaceraient directement la faible croissance du pays.

Hans Eichel refuse tout nouveau programme d'économie. Sauf, au besoin, la suppression des primes pour l'achat ou la construction d'un nouveau logement. C'est ce qu'a fait vendredi la majorité SPD-Verts du Bundestag: six à sept milliards d'économies. Mais au Bundesrat, où la coalition chrétienne-démocrate a la majorité, ce programme supposé soutenir le secteur de la construction sera rétabli.

En accordant au ministre des Finances la rallonge budgétaire, les députés du Bundestag ont observé avec gravité que la dette s'alourdissait dangereusement. Le déficit de 43,7 milliards d'euros pour cette année est un record. C'est une bombe à retardement, s'inquiètent les économistes de la Dresdner Bank. Car la dette publique dépasse aujourd'hui 64,2% du PIB (les critères de Maastricht sont fixés à 60%) et pourrait s'envoler à 68% l'an prochain. Elle pourrait même atteindre 97% en 2020 sans changement notable de la conjoncture et en tenant compte du même niveau d'intérêts.