Le premier budget de la grande coalition allemande, celui de cette année 2006, est enfin sous toit. Et même si les deux partis, CDU et SPD, se félicitent d'avoir pu remettre les finances fédérales sur le chemin des économies, il bat tout de même tous les records d'endettement, avec un déficit prévisible de 38,19 milliards d'euros. Au même moment, la dette publique allemande a passé le mur des 1500 milliards d'euros de dettes, ce qui représente une dépense d'intérêts de 2141 euros chaque seconde. Autant dire que le respect des critères de Maastricht, dont le gouvernement d'Angela Merkel s'est fait une priorité, sera difficile à atteindre l'an prochain.

La commission du budget du Bundestag a donné son feu vert, jeudi soir, au projet de budget du ministre des Finances Peer Steinbrück, qui, avec un total de dépenses de 261,7 milliards d'euros, devrait être le plus déficitaire de tous les budgets de la République fédérale. Le budget n'entrera en force qu'en juillet, avec six mois de retard, mais le gouvernement n'a pas attendu son adoption par le parlement pour s'y plier par anticipation.

On le savait depuis longtemps, une fois de plus, avec un déficit de 3,3% par rapport au PIB, l'Allemagne ne parviendra pas à remplir les critères de Maastricht (3%). Mais le ministre des Finances est persuadé de pouvoir passer en dessous de la barre dès 2007. Il enregistre quelques signes encourageants en raison de l'amélioration de la croissance, comme des rentrées fiscales supérieures de 4 milliards d'euros aux premières prévisions. De plus, les députés ont même réussi à raboter ses propositions de 100 millions. Alors que les investissements ont été maintenus à 23 milliards d'euros malgré les difficultés financières, le plus gros secteur des dépenses reste la sécurité sociale qui absorbe à elle seule 51% du budget. Les gros postes restent les retraites (77,4 milliards) et le secteur du chômage (38,5 milliards). Mais désormais le service de la dette représente lui aussi une grosse part du budget fédéral: 38 milliards. Car en avril l'endettement de l'Etat fédéral a dépassé les 900 milliards d'euros, alors que l'ensemble de la dette publique (Etat, Länder et communes) franchissait la barre des 1500 milliards d'euros début mai. Ce qui représente plus de 70% du PIB, bien au-dessus des 60% imposés par le traité de Maastricht. Et encore, si l'on tient compte de la dette cachée, c'est-à-dire des engagements vis-à-vis des caisses de retraite, la dette publique de l'Allemagne dépasserait 270% du PIB.