Il manque un terme sur la couverture du projet de loi de finances (PLF) rectificative que le gouvernement français a approuvé mercredi 15 avril et va maintenant transmettre au parlement: Covid-19. Impossible, en effet, de dissocier désormais l’effort budgétaire français pour 2020 de l’épidémie, et du soutien aux catégories sociales les plus impactées.

Emmanuel Macron l’avait promis dès le 12 mars, lors de sa première allocution sur la crise sanitaire: «L’Etat soutiendra l’économie quoi qu’il en coûte […] Aucune entreprise ne sera livrée au risque de la faillite.» Les actes ont depuis suivi: le plan d’urgence sociale, destiné à amortir à court terme le choc des hospitalisations massives et du confinement, s’élève dans cette nouvelle mouture du PLF à 100 milliards d’euros (105 milliards de francs), contre 45 milliards initialement prévus.

Un parapluie social d’ampleur

Le chiffre le plus impressionnant, à la fois révélateur des dommages économiques à venir et de l’ampleur du parapluie social déployé en France, est celui des employés mis en chômage partiel depuis le 15 mars. Un mois plus tard, 8 millions de salariés et 700 000 entreprises ont demandé à bénéficier de ce dispositif, soit un salarié du secteur privé sur trois. Les intéressés percevront 84% de leur salaire net durant cette période de chômage partiel, que l’administration promet de contrôler a posteriori pour éviter les «effets d’aubaine». Son coût, partagé entre l’Etat et l’Unédic, l’organisme qui gère l’assurance chômage, sera de plus de 20 milliards d’euros.

Ces 8 millions viennent s’ajouter aux 3,5 millions de demandeurs d’emploi sans aucune activité, chiffre en baisse de 3,3% en 2019, preuve de l’amélioration du marché du travail durant le quinquennat Macron. Ironie de la situation: c’est au 1er avril 2020 que sont entrées en vigueur les mesures d’indemnisation plus restrictives prévues par la réforme de l’assurance chômage définitivement adoptée en août 2018. La durée d’indemnisation a été réduite, tandis que des mesures ont été introduites pour permettre aux démissionnaires d’être indemnisés, et pour que les indépendants puissent bénéficier d’une allocation forfaitaire de 800 euros.

Des aides à la pelle

Du côté des mesures catégorielles, le gouvernement français a ratissé large. Presque personne n’a été oublié depuis le début de la crise. Le Conseil des ministres de mercredi a ainsi confirmé l’octroi d’une prime de 500 à 1500 euros pour certains personnels hospitaliers, et pour les employés des maisons de retraite publiques (les Ehpad). Une aide d’urgence de 150 euros par ménage, plus 100 euros par enfant, sera aussi versée aux familles bénéficiaires des minima sociaux.

Fin mars, la première mesure budgétaire forte avait été la création d’une aide pouvant aller jusqu’à 1500 euros (en fonction du chiffre d’affaires 2019 et de la perte en 2020) pour les petites entreprises et les indépendants. Cette aide, versée rapidement après validation par les directions locales des finances publiques, a déjà été réclamée par 840 000 entrepreneurs, artisans ou commerçants. Le fonds de solidarité créé pour l’occasion voit, dans le PLF, sa dotation grimper à 6 milliards d’euros. Le commerce de détail, hors alimentaire, est particulièrement impacté puisque les boutiques ne seront sans doute pas autorisées à rouvrir le 11 mai, date fixée par le président français pour le retour des élèves dans les écoles. Les restaurants et cafés s’attendent, eux, à demeurer fermés jusqu’en juin.

Vers un emprunt national?

Si l’on ajoute les 35 à 50 milliards de report de cotisations et d’impôts attendus par le Ministère des finances, c’est près de 150 milliards d’euros que le gouvernement français a déjà mis sur la table, soit 6% de son produit intérieur brut annuel. Le chiffre avoisine celui des mesures d’urgence mises en œuvre en 2008 pour amortir le choc de la crise financière.

Selon la Banque de France, l’activité économique du pays avait déjà chuté de 32% durant la deuxième quinzaine de mars, au début du confinement. «Chaque quinzaine de confinement coûte à peu près 1,5% de niveau de PIB annuel et 1% de déficit public supplémentaire», avait averti son gouverneur, François Villeroy de Galhau. Comment financer tout cela? Evidemment par la dette publique, qui flirtait en 2019 avec les 100% du PIB à 2380,1 milliards d’euros. Son explosion attendue relance aujourd’hui l’idée d’un emprunt national, dans un pays où le taux d’épargne des Français est très élevé, à 15,2% de leurs revenus en 2019, juste derrière la Suède et l’Allemagne.