Questions à

* Gérante du fonds E.I. Sturdza Strategic China Panda Fund, Banque Baring Brothers Sturdza SA

La Chine vit un ralentissement cyclique, mais cela n’inquiète pas Lilian Co. La cofondatrice et responsable des investissements de LBN Advisors à Hongkong estime que le pays n’a pas besoin d’une croissance supérieure à 8% pour créer suffisamment d’emplois et éviter des troubles sociaux. La gérante actuelle du fonds E.I. Sturdza Strategic China Panda Fund de Banque Baring Brothers Sturdza ne s’inquiète pas non plus de la bulle immobilière. Véhicule enregistré comme UCITS, le fonds n’est ni tout à fait traditionnel, ni vraiment un hedge fund. Il se concentre sur la détention d’actions mais il peut être flexible au niveau du cash détenu dans le portefeuille dans les périodes de fortes turbulences. La gérante peut également utiliser des contrats à terme sur des indices.

Le Temps: La croissance en Chine montre des signes de ralentissement, est-ce inquiétant?

Lilian Co: Nous avons vécu un cycle de resserrement de la politique monétaire qui a duré deux ans. Le but était de ralentir l’économie et de freiner l’inflation. Nous voyons finalement ses effets. Tout cela était parfaitement anticipé et mis en place par le gouvernement. Cela ne devrait pas surprendre le marché.

– En novembre, la banque centrale a baissé le taux de réserves obligatoires des banques, faut-il s’attendre à une politique beaucoup plus accommodante?

– Elle est effectivement passée d’un biais restrictif à un biais plus accommodant. Mais ce n’est pas une politique agressive, comme en 2009 lorsque la crise financière globale sévissait et que l’économie a subi un atterrissage forcé. Nous ne sommes pas dans cette configuration, la croissance devrait atteindre 8%. Du point de vue du gouvernement, il n’y a pas de problème. L’inflation reste un élément à surveiller car le taux reste à un niveau élevé par rapport au seuil de tolérance des autorités. L’économie va se redresser puisque le resserrement est terminé. Mais la vitesse sera modérée.

– Pendant longtemps, on a estimé que la Chine devait atteindre une croissance annuelle de 8% pour créer suffisamment d’emplois et éviter des troubles sociaux. Nous serons à la limite cette année…

– Il faut une croissance raisonnable pour assurer un développement de l’emploi. Mais qu’est-ce qu’une croissance raisonnable? 8%? Est-ce le chiffre magique? Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’atteindre un tel niveau pour éviter une instabilité sociale. Les autorités devraient continuer à tester la limite inférieure. L’objectif est de 7,5% cette année. Si cela est suffisant, il faudra observer si 7%, ou même un chiffre inférieur, serait tolérable. C’est la même chose en Inde. C’était peut-être vrai il y a 20 ans, mais la Chine s’est développée depuis et ce chiffre de 8% est obsolète.

– Que se passera-t-il si la Grèce doit sortir de la zone euro?

– Cela provoquera de la volatilité. Mais si une correction se produit sur les marchés des actions, ce sera une opportunité d’achat. En cela, les événements actuels ne diffèrent en rien d’autres crises.

– N’y aura-t-il aucune conséquence pour l’économie?

– Les Etats-Unis sont bien plus importants que l’Europe – sans parler de la Grèce seule – pour les exportations chinoises. Les marchés se mettraient probablement à spéculer sur quel pays sera le suivant. Mais ce sera un événement de courte durée, car les responsables politiques et monétaires trouveront une solution pour sortir de la crise.

– On craint aussi une bulle sur le marché chinois. Est-ce exagéré?

– Je suis positive sur le marché immobilier à long terme. Aujourd’hui, on se trouve cependant dans un ralentissement cyclique et les autorités n’ont pas envie de soutenir cette activité, contrairement à d’autres secteurs. Cela risque d’avoir des conséquences pour les petits promoteurs qui pourraient subir des problèmes de liquidités, mais cela favorisera les grands groupes. Nous sommes probablement dans une bulle, mais il n’y a rien de grave. Va-t-elle exploser? Pas dans un futur proche. Pour qu’une bulle éclate, il faut un niveau d’endettement avec levier. Ce n’est pas le cas des consommateurs chinois et on n’observe pas de ventes forcées. Cette bulle peut encore durer des années.

– Quels secteurs favorisez-vous?

– Nous favorisons surtout les titres qui offrent un dividende parce que c’est ce qu’il y a de plus intéressant dans un contexte de redressement modéré de l’économie. Cela dit, nous investissons aussi dans des sociétés cycliques, même si elles pourraient ne pas produire beaucoup de rendement tout de suite. Et, bien sûr, nous misons sur des sociétés actives dans la consommation.