Editorial

La bulle et le sacrifice

Les industries solaires européenne et américaine sont au bord du gouffre, minées par une surproduction de panneaux photovoltaïques chinois à bas coûts. En moins d’une année, les prix des modules ont chuté de 60%, alors qu’il y a tout juste trois ans la pénurie temporaire de silicium avait stoppé la baisse régulière des prix. La bulle industrielle alimentée par les subsides à la production du gouvernement chinois éclate. Elle devrait se résorber assez rapidement car la croissance de l’énergie solaire va se poursuivre à un rythme très élevé ces trente prochaines années.

A raison, les pionniers dénoncent l’abus des subventions déguisées (prêts sans intérêt) et le recours au charbon pour produire des cellules d’énergie «verte». La création d’un label écologique, tel que le propose le professeur Arvind Shah, permettrait de lever tout soupçon sur le caractère durable d’une filière énergétique qui entre dans une phase d’industrialisation massive.

Un label bienvenu mais qui ne doit pas se transformer en une barrière douanière à caractère protectionniste. Au fond, la chute des prix des cellules solaires constitue une bonne nouvelle; le courant solaire est déjà à parité avec le prix du réseau en Espagne, en Italie, en Californie… ouvrant la voie à une production qui deviendra de plus en plus significative.

Mieux positionnés dans le haut de gamme, les fabricants japonais résistent à l’offensive chinoise. Il est vrai qu’ils bénéficient d’une politique étatique constante alors que l’Europe et les Etats-Unis relâchent peu à peu leurs efforts d’équipement après avoir été volontaristes. Ils commettent une erreur: l’énergie solaire est clairement la voie la plus raisonnable pour le futur. Et c’est maintenant qu’il faut investir.

En Suisse, les habitants de Sainte-Croix disent oui aux éoliennes. C’est une décision importante pour l’avenir d’une énergie contestée pour ses nuisances paysagères et sonores. Ce vote force le respect. Il démontre qu’une communauté peut accepter des sacrifices pour un bien commun. Il n’existe en effet pas de production d’énergie sans impacts environnementaux. Les divisions qui déchirent Sainte-Croix montrent aussi que tout nouveau projet devra se soumettre à une consultation préalable. C’est la Lex Sainte-Croix. ö Pages 3, 6

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