nouvelles façons de travailler (5)

Des bureaux partagés pour doper l’entrepreneuriat

Les lieux de travail collaboratifs se multiplient en Suisse romande. Les indépendants connectés sont les premiers utilisateurs de ces lieux propices à l’inventivité. Un nombre croissant de sociétés mais également de services publics cherchent de nouvelles façons de travailler. Découverte en cinq épisodes

Des bureaux partagés pour doper l’entrepreneuriat

Management Les lieux de travail collaboratifs se multiplient en Suisse romande

Les indépendants connectés sont les premiers utilisateurs de ces lieux propices à l’inventivité

Un espace de travail par société et des managers pour commander et contrôler les travailleurs. Le mode de fonctionnement traditionnel des sociétés est désormais battu en brèche par les nouveaux espaces de travail que sont les bureaux partagés. L’échange d’expériences et de compétences est au cœur de leur fonctionnement. Et ce afin de construire un microcosme propice à la créativité entrepreneuriale.

Le dernier espace collaboratif en date à Genève a été inauguré le 6 juillet dernier: l’espace Grenus avec ses quinze places de travail se veut le pendant rive droite de son grand frère, le Coworking & Café Voisins qui a pignon sur rue dans le quartier de Plainpalais depuis novembre dernier. «L’objectif premier du lieu était d’offrir un espace de travail accessible, tant du point de vue de l’emplacement que du point de vue financier, tout en créant des liens entre les «coworkers» ­ – les utilisateurs membres», explique Renaud Langel, cofondateur et entrepreneur dans le domaine de la santé. Les «coworkers» membres ont accès à une place de travail et aux facilités bureautiques moyennant la somme de 5 francs par heure. Et ce de jour comme de nuit, toute la semaine.

Espace collaboratif dit forcément échanges. Pour favoriser les rencontres, l’équipe des Voisins organise régulièrement des apéros et des business lunches auxquels peuvent participer tous les «coworkers». «Pour créer une dynamique, nous montons aussi des événements payants focalisés sur l’entrepreneuriat, sur la façon d’utiliser des outils organisationnels, des approches entrepreneuriales spécifiques, des stratégies marketing ou pour acquérir des connaissances comptables, précise Kaspar Danzeisen, le gérant des espaces de «coworking». De même, nous facilitons le développement des start-up à travers des partenariats externes, par exemple pour créer son site web.»

Cette volonté de rapprocher les utilisateurs se retrouve aussi dans le cadre de l’espace partagé La Muse, le premier du genre à Genève, qui a ouvert ses portes en 2009. «Peu après la création de La Muse, nous avons créé le concept des Pikniks du lundi en 2010. Lors de ces réunions, les participants ne se présentent pas et vont à l’essentiel. Les discussions du groupe se concentrent uniquement sur les projets soumis, explique Geneviève Morand, cofondatrice du bureau partagé La Muse. Les participants indiquent à quoi ils aspirent et quels sont leurs besoins. Les résultats des réunions sont toujours inattendus.» Et la responsable de conclure: «Quand on démarre un processus collaboratif, on ne sait jamais ce qu’il va en émerger.»

Si La Muse peut accueillir jusqu’à 45 «coworkers» à la fois, l’espace des Voisins, avec sa vingtaine de places, en dénombre lui une soixantaine depuis ses débuts. Dans un cas comme dans l’autre, les «coworkers» sont essentiellement des indépendants, mais parfois aussi des salariés. Un espace de «coworking» voit principalement trois types d’utilisateurs: le premier est composé d’avocats, architectes ou encore de consultants. Ils sont très mobiles et ont besoin de peu de matériel. Le deuxième regroupe des entrepreneurs qui démarrent leur projet de start-up. Le troisième groupe est composé de chefs d’entreprise qui profitent de ces espaces pour couper les ponts avec leur société et se focaliser sur des projets sans être interrompus.

Jonathan Malka appartient à la première catégorie. Cet avocat indépendant trentenaire a opté pour le bureau partagé des Voisins depuis trois mois. «Posséder un cabinet est une structure coûteuse, avoir la possibilité d’utiliser un espace partagé permet de réduire ses charges, expose-t-il. Dans un deuxième temps, on a l’occasion d’élargir son réseau et parfois même de décrocher des mandats.»

Toute la difficulté de ce genre d’espace est de bien doser les besoins d’encadrements des «coworkers» tout en leur fournissant un vaste champ de liberté. «Si des liens se créent, ce n’est pas pour autant que les «coworkers» collaborent entre eux, pointe Geneviève Morand. Comme dans les jeux vidéo, il y a des paliers à atteindre.» Le premier niveau est celui de l’espace collectif qui brise l’isolement. Le deuxième est celui du partage des outils et des compétences. Les «coworkers» s’aident pour mieux structurer leur société et en accélérer le développement. Le troisième niveau est celui de la propre transformation du comportement du «coworker» à travers la compagnie des autres. «Si les collaborations sont souvent fructueuses, il y a toutefois des limites, tempère la fondatrice de La Muse. Les «coworkers» ne sont pas responsables du travail des autres.» L’important est donc de réapprendre le b. a.-ba de la coopération.

Pour la responsable, les espaces collaboratifs, c’est une expérience continuelle. L’entraide et les solutions sont immédiates, mais il faut donner aux gens les moyens de vivre cette expérience.

Un usage qui n’est toutefois pas réservé aux indépendants. Les voisins accueillent plusieurs salariés dont les abonnements sont payés par leurs entreprises.

A plus long terme, Renaud Langel et ses associés espèrent ouvrir de nouveaux lieux et séduire les entreprises. Ce créneau est sous-estimé, selon Geneviève Morand. Des grandes sociétés peuvent aussi avoir besoin de ces espaces pour faire émerger de nouvelles idées, à l’exemple récent des CFF et des SIG (LT du 6 juillet 2015) dont les nouvelles organisations tendent à se rapprocher des bureaux collaboratifs.

«Quand on démarre un processus collaboratif, on ne sait jamais ce qu’il va en émerger»

Publicité