Pétrole

«Business as usual» à l’OPEP: une réunion attendue sans surprises

Dans un marché pétrolier qui a lentement mais sûrement remonté la pente depuis ses plus bas du début d'année, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) devrait à nouveau opter pour le statu quo lors de sa réunion semestrielle jeudi à Vienne

Avec un baril de pétrole qui avoisine désormais les 50 dollars le baril, et alors que la plupart des organismes internationaux du secteur s'accordent à prédire un rééquilibrage du marché d'ici à la fin de l'année, la probabilité que l'OPEP infléchisse sa position par rapport à sa réunion de décembre est jugée hautement improbable par la plupart des observateurs.

Loin d'avoir préparé le terrain à un quelconque changement de stratégie du cartel, l'incapacité des grands producteurs de brut à s'entendre sur une limitation de leur production à la mi-avril à Doha est considérée par beaucoup comme le signe de l'absence d'une réelle volonté de réduire la surabondance mondiale d'offre, à l'heure où le marché semble bien parti pour s'en charger lui-même.

«Après que les réunions de Doha (en février et en avril) ont échoué à parvenir à un accord sur un gel de la production, il est peu probable que cette réunion ordinaire de l'OPEP produise un résultat différent, surtout au moment où l'Iran continue de répéter qu'il n'a aucune intention de plafonner sa production de pétrole ou ses exportations», commente Fawad Razaqzada, analyste chez City Index.

Guerre d'usure

La rivalité opposant Téhéran, de retour sur le marché pétrolier à la faveur de la levée des sanctions occidentales, à l'Arabie saoudite, poids lourd du cartel, a largement contribué à l'impasse des négociations menées depuis le début de l'année sur un éventuel gel de la production au niveau mondial, alors que Riyad a toujours indiqué qu'il n'y consentirait pas unilatéralement.

Fidèle à son objectif de regagner aussi vite que possible le terrain perdu depuis 2012, l'Iran vient d'annoncer qu'il comptait exporter, à partir de cet été, 2,2 millions de barils de pétrole par jour, retrouvant ainsi son niveau d'exportation d'avant les sanctions.

Pour Helima Croft, qui dirige la division matières premières de RBC Capital Markets, rien n'indique que l'Arabie saoudite soit prête de son côté à se désengager de la guerre d'usure pour le maintien de ses parts de marché engagée fin 2014, d'autant que «le tout-puissant vice-prince héritier semble particulièrement concentré sur son effort de réforme économique de grande ampleur et pas particulièrement affecté par l'environnement de prix actuel».

Délégation saoudienne différente?

«De façon générale, la croyance est que le marché va finir par se rééquilibrer à un moment donné», ce qui ne devrait guère encourager l'OPEP à prendre une quelconque initiative, alors que les prix sont redevenus plutôt confortables pour la plupart des producteurs du cartel, abonde Alexander Poegl, analyste principal chez JBC Energy.

Le cartel de 13 pays, qui produit environ un tiers du brut mondial, a pompé quelque 32,3 millions de barils par jour (mbj) au premier trimestre 2016, tandis que la production saoudienne a atteint à elle seule 10,13 mbj de janvier à avril, en hausse de 3,5% sur un an.

Dans ce contexte, «la chose la plus excitante à attendre (de ce sommet) est que la délégation saoudienne sera différente de la dernière fois», après le limogeage début mai du vétéran Ali al-Nouaïmi.

Politique énergétique «plus directe»

Mais là encore, d'aucuns pensent que ce remaniement ministériel ne devrait foncièrement rien changer à la politique énergétique saoudienne, si ce n'est sur le plan de la communication.

Avec le nouveau ministre de l'Energie Khaled al-Faleh, la politique énergétique du royaume «est devenue plus directe qu'elle ne l'était du temps d'al-Nouaïmi» qui s'est toujours montré «très diplomate, très prudent avec les mots qu'il choisissait», détaille M. Poegl.

L'Arabie saoudite a été souvent accusée depuis deux ans d'avoir délibérément lancé une guerre des prix à outrance pour briser les producteurs américains de pétrole de schiste, mais l'analyste se montre sceptique sur ce point.

«C'est un peu moins spectaculaire» que cela, estime-t-il, jugeant qu'en laissant les cours s'enfoncer ces deux dernières années, le chef de file de l'OPEP a davantage cherché à mettre un terme à une certaine complaisance régnant dans le secteur pétrolier.

«Par «complaisance», je veux dire notamment que tous les projets hors OPEP, quel que soit leur coût, auraient rapporté de l'argent» grâce à la cherté du baril, explique-t-il. «Si vous supposez que c'était une stratégie (délibérée de l'Arabie saoudite) de supprimer cette suffisance et de sensibiliser l'industrie aux coûts, alors je dirais que ça va commencer à marcher.»


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