Le Temps propose une opération spéciale en racontant, depuis San Francisco, les innovations à venir dans les domaines scientifiques, technologiques ou culturels. Nos seize journalistes, vidéastes et photographes parcourent la ville, la Silicon Valley et la Californie pour découvrir les nouvelles tendances au cœur de ce laboratoire mondial de l’innovation.

Retrouvez tous nos articles proposés depuis San Francisco

A part le Golden Gate Bridge, il y a une petite poignée d’incontournables à San Francisco. Parmi eux, le fameux Cable Car, ce tramway tracté par un câble inventé en 1873, qui lui permet de gravir les rues pentues du nord-est de la ville.

A l’intersection de Powell et de Market Street, les touristes se pressent pour vivre l’expérience. Mais avant de s’asseoir ou, encore mieux, de rester debout et de s’accrocher à l’une des mains courantes, cheveux au vent, pour admirer la vue sur la baie et Alcatraz, ainsi que les maisons victoriennes, il faut s’armer de patience.

Des clients mystères pendant une année

Dans l’après-midi, c’est en effet une file de plusieurs centaines de personnes qui se forme au départ du Cable Car, duquel partent les trois différentes lignes. Toutes les dix minutes environ, un wagon descend la colline et arrive au terminus de Market Street. Les smartphones se lèvent et les appareils photo crépitent. Deux employés de la San Francisco Municipal Railway, dos appuyé contre le wagon, le font tourner à 180 degrés sur une plateforme rotative pour le remettre dans le sens du départ.

Le billet coûte 7 dollars par personne. Mais pour certains, il ne coûte rien. Un rapport officiel publié mi-septembre a montré qu’en moyenne un passager sur quatre ne payait pas sa course. Quelques resquilleurs, sans doute, mais surtout une trop grande négligence des contrôleurs chargés d’encaisser les courses et de vérifier les titres de transport.

The Office of the Controller, une agence qui est en quelque sorte le comptable officiel de la ville, a envoyé des clients mystères sur une centaine de trajets pendant douze mois. Globalement, conclut son enquête détaillée, 253 tickets n’ont pas été collectés. Soit 1771 dollars de pertes. Environ 17 dollars par trajet.

La fin d’un archaïsme

C’est un résultat bien meilleur que l’année précédente, souligne aussi l’organe de contrôle financier. Cela ne suffira toutefois pas à sauver un système de billetterie que la compagnie des transports publics a sciemment laissé vieillir. Jusqu’ici, l’essentiel des billets se payait en espèces, à l’entrée dans le véhicule. Et les passagers étaient priés d’avoir le compte juste.

Mais l’argument financier va l’emporter sur le pittoresque. Il est prévu de lancer, dès l’année prochaine, un système de paiement sans cash qui obligera les usagers à débourser 7 dollars à l’avance pour leurs billets, sur une application ou dans des points de vente dédiés. La fin progressive du paiement en espèces est agendée à décembre 2018.

Dans la région qui a vu naître Paypal, en 1998, même l’honorable tramway centenaire est prié de faire sa révolution numérique.