Huit cents millions de livres sterling (1,9 milliard de francs) de coûts de restructuration. C'est ce chiffre qui a fait peur aux investisseurs mercredi matin, lorsque Cable & Wireless (C & W), le géant britannique des télécommunications, a annoncé ses résultats semestriels et l'étendue de son programme de suppression d'emplois et d'activités. Résultat, le titre a plongé en Bourse, perdant un tiers de sa valeur. Les analystes restent sceptiques devant la stratégie du groupe, qui a choisi d'arrêter de servir les marchés intérieurs en Europe et en Amérique du Nord, tout en continuant à offrir des services de transferts de données, de voix et de sites Internet à ses clientes multinationales.

Depuis septembre, C & W avait entamé une révision serrée de sa division Global, qui traite la clientèle entreprises à l'international. Depuis trois ans, le groupe a englouti 4,5 milliards de livres dans la constitution de cette branche qui devait lui permettre de s'imposer comme un acteur global – comme son nom l'indique. Malgré les assurances de Graham Wallace, le patron de C & W qui a réfuté l'idée qu'il soit poussé à la démission, rien n'indique que cette activité, qui compte pour plus de moitié dans le chiffre d'affaires du groupe, soit un jour rentable. A coup d'acquisitions répétées, C & W Global était devenu le numéro un mondial de la gestion de sites Internet pour entreprises. La réduction d'activités annoncée aux Etats-Unis et en Europe signifie notamment la fermeture de 19 des 42 centres de traitement de l'information détenus par C & W, une mesure qui intervient seulement un an après le rachat, pour près d'un milliard de livres, de Digital Island et d'Exodus, deux sociétés hôtesses de sites américaines. Graham Wallace a admis que ces rachats n'avaient pas produit des résultats «entièrement satisfaisants».

Plusieurs autres options

C & W supprimera donc 3500 emplois (il en a déjà supprimé 8000 en deux ans), et estime à 600 millions de livres ses économies annuelles, en fait seulement 300 millions net, puisque les activités abandonnées représentent 300 millions de revenus.

Face aux critiques des analystes, dont l'un d'eux a avoué «ne plus savoir très bien à quoi Cable & Wireless joue», Graham Wallace a répliqué que le groupe avait envisagé plusieurs autres options, notamment la fermeture complète de Global ou le retrait total des Etats-Unis, mais que ces solutions auraient été dommageables pour sa capacité de croissance. Le groupe britannique espère améliorer sa productivité en se concentrant sur sa clientèle multinationale, à qui il veut continuer de proposer une infrastructure de télécommunication complète, qui couvre l'ensemble des grands marchés de la planète. Mais un analyste de Merril Lynch à Londres met en doute cette capacité: «Nous ne croyons pas que C & W Global possède la taille et la distribution nécessaires pour réussir hors du Royaume-Uni.» Pour Graham Wallace, C & W possède «le bilan le plus solide de tout le secteur», mais les analystes relèvent que ce bilan sera mis à mal par l'énorme charge de restructuration liée à cette opération. C & W ne comptera alors plus que 9000 employés.