Au plus fort de la crise financière, la plupart des grandes banques centrales sont intervenues massivement afin de soutenir le système financier au bord de l’effondrement. Leur action s’est fait ressentir sur l’ensemble du globe: d’abord aux Etats-Unis et au Japon, ensuite dans plusieurs économies émergentes, puis en Europe et dernièrement en Chine. Pourtant, depuis peu, les politiques monétaires, qu’elles soient conventionnelles ou non conventionnelles, semblent s’essouffler. En effet, les économies avancées demeurent confrontées à une reprise anormalement lente malgré un assouplissement monétaire massif et prolongé.

Sept ans après la crise, les stimulations dans leur ensemble ont profondément modifié le cadre monétaire mondial. Bien que jugées nécessaires à court terme, elles comportent toutes des risques qui s’additionnent et se conjuguent à travers le temps. Le contexte économique actuel donne à penser que cet interventionnisme sans limite est inefficace pour stimuler la croissance. Pire! Ceci n’est plus soutenable car un médicament consommé avec excès peut devenir dangereux. Les banques centrales et notamment la Réserve fédérale donnent l’impression qu’elles l’ignorent.

Sa récente décision de garder inchangé son taux d’intérêt directeur entre 0% et 0.25% est le reflet d’une fuite en avant dont l’issue est incertaine. Cette dernière véhicule un signal politique sur la faiblesse de l’économie mondiale ainsi qu’à sa dépendance à l’interventionnisme. Bien que cette hausse n’est sans doute qu’ajournée, ce report démontre que l’institution monétaire n’est pas prête à prendre ses responsabilités au risque de nous conduire vers de nouvelles turbulences financières. L’histoire se répétera…

Il y a un an, à Washington, elle décida de mettre un terme à son programme d’achat d’actifs et élabora un programme de mesures en vue de normaliser sa politique monétaire. Après presque dix ans sans hausse du taux directeur; plus de six ans de politique de taux zéro et trois plans d’assouplissement quantitatif, le moment était venu de mettre ce plan en application.

Il s’agissait d’une part d’augmenter graduellement le taux directeur et d’autre part de réduire de la taille de son bilan. Bref, il fallait commencer à retirer les mesures accommodantes qui tiennent l’économie américaine sous perfusion et perturbent l’ensemble des zones monétaires – notamment celles des pays émergents. Mais quels sont les points d’achoppement?

D’un côté, la question de la sortie des politiques monétaires est accompagnée par des craintes. Notamment celles liées à une forte correction des actifs financiers, à la viabilité de la dette et à un ralentissement de l’activité économique dû à la faiblesse des pays émergents et de la Chine. Ces inquiétudes sont confortées par un certain nombre d’observations historiques. Les expériences américaines de 1936 et de 1994 ainsi que du Japon en 2000, entre autres, ont montré qu’un durcissement prématuré de la politique monétaire pouvait replonger les économies dans la récession ou bouleverser les marchés financiers.

De l’autre, il devient indispensable de normaliser l’environnement monétaire car ces mesures n’ont pas vocation à être pérennisées. De plus, les risques associés à l’expansion monétaire se font ressentir. En effet, l’ouverture des vannes monétaires fragilise la stabilité financière et cause des distorsions macroéconomiques qui sont dues à la mauvaise allocation du capital et à l’aléa moral. Le gonflement des prix des actifs financiers en est le corollaire direct. Dès lors, le marché des devises devient le seul mécanisme permettant d’absorber les chocs – d’où les forts mouvements des monnaies. Ceci conduit inexorablement à une guerre compétitive dont l’issue sera amère pour tous!

Pour ces raisons il est primordial de revenir à une économie qui est tirée par des fondamentaux sains et non par des artifices fiscaux et monétaires. Ces derniers faussent la prise de décision de l’ensemble des acteurs économiques et menacent d’autant plus la stabilité du système financier dans sa globalité. De surcroît, la politique monétaire ne doit pas uniquement réagir aux données de l’inflation si elle souhaite promouvoir des objectifs plus globaux de stabilité financière et de croissance saine à long terme.

Par conséquent, des taux à zéro ne peuvent pas devenir le pilier d’une reprise économique durable. Renouer avec la croissance passera par un abandon des mesures qui ont également été à l’origine de la crise des subprimes… à savoir le laxisme monétaire.

Au vu de l’évolution très disparate des zones monétaires, les autres banques centrales des économies avancées n’ont pas coordonné leur processus de normalisation et n’abandonneront pas toutes simultanément l’orientation accommodante de leur politique. Après les récents événements, l’espoir d’observer une orientation monétaire plus traditionnelle, ayant pour but la stabilité macroéconomique et financière, s’éloigne à nouveau. Dans une telle constellation, un retour à des valeurs plus libérales ainsi qu’une meilleure coopération monétaire mondiale sont essentiels afin d’éviter une nouvelle crise financière globalisée.

* Département gestion discrétionnaire, économiste, Banque Bonhôte