«Les 30-40 ans sont les grands «gagnants» avec un temps de recherche en chute libre de 6,5 à 4,4 mois», souligne Jack Salom, directeur général de Drake Beam Morin (DBM). Spécialisée dans l'accompagnement de cadres licenciés, l'entreprise américaine a présenté lundi à Genève les résultats de son enquête annuelle concernant le marché local. Malgré l'embellie de l'économie et l'amélioration de la situation pour les jeunes cadres, le destin des demandeurs d'emploi en situation de transition de carrière ne s'est que peu amélioré.

En 2000, le temps nécessaire aux cadres pour retrouver un emploi par le biais de DBM s'est légèrement raccourci, passant en moyenne de 7,6 à 7 mois. Ce résultat a été obtenu par compilation des données des 156 personnes bénéficiant des services de la société de conseil. En observant plus en détail ces chiffres, une cassure claire apparaît entre les classes d'âge au-dessus et au-dessous de 40 ans. Après six mois de labeur, la majorité du premier groupe – environ 85% – avait retrouvé du travail. Il faut toutefois relativiser la portée de ce chiffre, en soulignant que les «moins de 40 ans» ne constituent qu'un peu plus du quart de la clientèle du spécialiste en outplacement. Concernant les demandeurs d'emploi âgés entre 50 et 60 ans, ils ont mis en moyenne un peu plus de temps qu'en 1999 pour retrouver un poste (plus de sept mois).

Difficultés plus grandes pour les plus de 53 ans

Selon Jack Salom, «les temps de recherche d'un nouvel emploi dans les domaines bancaire et de la chimie se sont considérablement rétrécis, d'environ 20 à 30%». Dans ces deux cas, les candidats profitent pleinement de la bonne santé actuelle de ces secteurs d'activité. Sur le plan de l'amélioration du salaire, 44% des cadres gagnaient mieux leur vie en 2000 suite à leur nouveau départ professionnel, contre 34% en 1999. Par rapport à l'âge, le nouveau salaire est supérieur à l'ancien jusqu'à 50 ans. Au-delà, le revenu diminue.

Le réseau relationnel reste l'atout maître pour retrouver un emploi. D'après l'étude, 67,5% des personnes licenciées ont obtenu une nouvelle opportunité grâce à ce type de contact. Les offres d'emploi dans la presse écrite représentent 18% des sources de postes. Quant aux recruteurs professionnels, ils permettent à 7,3% des demandeurs d'emploi de réaliser leur objectif.

Georges Gasser, directeur à Nyon de la société de conseil aux entreprises Mercuri Urval, confirme les difficultés plus grandes rencontrées par les personnes ayant plus de 53 ans. «Effectivement, nos clients demandent habituellement des cadres âgés entre 37 et 45 ans», observe-t-il. «Quand nous connaissons des personnes plus âgées, mais qui disposent des compétences requises, nous nous efforçons de faire leur promotion. Mais il est évident que certaines fois ces professionnels coûtent cher, sont dépassés sur le plan technologique et n'ont plus forcément toujours l'énergie nécessaire.» Il note cependant que nombre d'entre eux sont prêts à faire des concessions salariales et disposent d'une riche expérience.

Directeur général chez Manpower, Charles Bélaz remarque que, indépendamment de l'âge, «la situation actuelle est plus favorable qu'il y a trois ans pour les cadres. Le marché est asséché, surtout dans les domaines techniques, de la finance, des assurances et des compétences linguistiques.» Les entreprises ont des carnets de commandes pleins pour l'instant. Elles doivent donc engager du personnel pour répondre à la demande.

L'année 2000 aura donc été contrastée, comme conclut l'enquête de DBM: «Le jeune cadre de 40 ans ou moins, positionné dans le secteur bancaire avec un salaire ne dépassant pas 150 000 francs suisses, a bénéficié d'une transition de carrière idéale: brève, agréable et conduisant à un salaire meilleur. La transition du manager de 50 ans et plus, provenant du domaine administratif, avec un salaire de 200 000 francs, a été plus douloureuse.»