En septembre dernier, en Suisse, près de 10 000 cadres – 9593 très exactement – étaient sans emploi. Ils représentaient 6,6% des chômeurs, selon les chiffres du Seco, le Secrétariat d'Etat à l'économie. «Dans cette catégorie de professionnels, le chômage est en augmentation depuis 2001», souligne Tony Erb, le chef du secteur des mesures relatives au marché du travail au Seco.

Pour répondre aux attentes de ces demandeurs d'emploi, un nouveau programme d'accompagnement, soutenu par le Seco à titre de mesure nationale, a débuté en Suisse romande au début 2004. Ses participants commencent à en recueillir les premiers fruits, en termes de réinsertion sur le marché de l'emploi. Intitulée EMR pour «Executive Management Resource», cette mesure se veut une «plate-forme de compétences» qui fait le lien entre les demandeurs d'emploi et l'économie, explique son concepteur et directeur, Djill Hadjadj, économiste et créateur d'entreprise. «Nous travaillons selon plusieurs axes, poursuit-il. D'une part, nous accompagnons les cadres qui veulent créer ou reprendre une entreprise. D'autre part, nous mettons en contact les demandeurs d'emploi avec des entreprises, essentiellement des start-up ou de petites PME, qui ont un projet de développement, qui ont besoin d'une ou de plusieurs personnes pour le mener à bien, mais n'ont pas forcément les ressources financières pour engager immédiatement ce spécialiste.»

C'est en cela que réside l'originalité d'EMR. Ses concepteurs se situent au centre d'un réseau de sociétés et font le lien entre les chefs d'entreprise et les cadres au chômage. «Nous sommes là pour valoriser les compétences des participants; pour puiser dans les connaissances des demandeurs d'emploi afin de les réinjecter dans l'économie, avec l'idée d'un engagement à terme», explique Djill Hadjadj. En l'espace de quelques mois, six au maximum, la personne a la possibilité de montrer ses capacités et d'une certaine manière de créer son propre poste de travail, ainsi que les ressources qui permettront ensuite de le financer. Tant que le participant est dans le programme, en revanche, l'entreprise n'a pas de salaire à lui payer: c'est l'assurance chômage qui continue à verser les indemnités à la personne. «Il ne s'agit pas de faire un remplacement, mais bien de travailler sur des projets réalistes de développement d'entreprise, souvent des sociétés qui passent du stade de start-up à celui de petite entreprise. La création d'entreprise n'est pas seule à générer des emplois. Une jeune pousse qui s'agrandit le fait également», souligne le directeur d'EMR.

Exemple vivant avec Luc Visinand, un cadre qui a participé au programme et vient d'être engagé par Integral Coaching, à Aubonne, une société qui édite des solutions de formation (logiciels) en ligne pour les entreprises. Luc Visinand a quinze ans d'expérience dans le monde de l'informatique; il a été consultant, chef de projet et directeur d'entreprise au niveau suisse et international. Il venait de perdre son emploi à la suite d'un rachat de société assorti d'une fusion lorsqu'il a été orienté sur EMR par son conseiller en placement.

De son côté, Elodie Primo, la directrice d'Integral Coaching, a fait la connaissance de Djill Hadjadj au cours d'une rencontre organisée par Genilem, qui a suivi un temps sa société. A ce moment-là – il y a environ six mois –, Integral Coaching n'avait pas les moyens de s'offrir un «Business development manager» et «nous ne pensions même pas à engager quelqu'un dans l'immédiat», raconte-t-elle, le poste n'était budgété que pour 2006. C'est là qu'est intervenue la possibilité d'engager un demandeur d'emploi pour accomplir cette tâche, en l'occurrence Luc Visinand. Sa mission: «Mettre en place la structure pour le développement des ventes de logiciels de formation à l'international», explique-t-il.

«Nous avons ainsi appris à le connaître, nous l'avons vu évoluer dans un contexte professionnel. Cela nous a permis d'être sûrs qu'il s'intégrait à notre équipe, analyse Elodie Primo. A l'époque, nous étions cinq personnes, les fondateurs de la société. Nous ne sommes pas informaticiens, nous sommes des formateurs. Il n'était pas forcément facile de se faire une place dans notre équipe et nous voulions être sûrs que cela fonctionne.»

Un bilan positif

«Quant à moi, ajoute Luc Visinand, cela m'a permis d'être immédiatement dans un contexte professionnel, d'éviter les effets négatifs de l'isolement dus au chômage.» Au final, donc, le bilan est positif pour tout le monde et Luc Visinand a été engagé. «Il nous a permis d'accélérer notre développement», souligne Elodie Primo, et les revenus supplémentaires attendus de cette croissance ont décidé ses nouveaux patrons à lui créer un poste fixe immédiatement.

Sur la quarantaine de personnes qui ont participé à EMR depuis le début de l'année, «plus d'un tiers a retrouvé du travail, un tiers est encore dans le programme et, pour les autres participants, un engagement est en cours de concrétisation», souligne Djill Hadjadj. Une fois par mois, les participants se retrouvent en séance plénière et chacun présente l'avancement de son projet. Pour l'instant, ceux qui ont suivi cette mesure ont entre 30 et 62 ans, ils sont analyste financier, assureur, informaticien, chercheur, etc. En fait, un spécialiste avec un profil de haut niveau, comme un chercheur qui aurait fait de l'enseignement, mais n'aurait pas «encadré» de personnel stricto sensu, peut aussi suivre le programme. Celui-ci comprend encore quelques autres volets: de la formation (en entrepreneurship, par exemple), ou de plus classiques bilans de compétences et conseils en orientation de carrière lorsque cela s'avère nécessaire. Après avoir démarré sur le canton de Vaud et l'Arc lémanique, EMR couvre maintenant la Suisse romande.