La semaine écoulée a été éprouvante pour l’emploi en Suisse. Mardi, UBS a annoncé la suppression de quelque 2500 postes dans le pays, tandis que 400 emplois disparaîtront chez Lonza et Swisscom. S’y ajoutent 150 postes chez Straumann. En tout, la suppression de plus de 10 000 postes a déjà été annoncée cette année.

Faut-il redouter une nette détérioration de la situation économique en Suisse? Un récent sondage réalisé par la société de conseil Roland Berger et l’association faîtière economiesuisse montre une image différenciée de la situation. Les entreprises helvétiques restent globalement optimistes pour la Suisse. Plus des deux tiers des hauts cadres portent un regard «neutre» ou «positif» sur la situation actuelle de l’économie helvétique. En revanche, près de neuf managers sur dix ont une perception «négative» ou «très négative» de celle de la zone euro.

S’agissant de leur propre secteur d’activité, les deux tiers des sondés s’attendent à une détérioration de la situation dans leur branche, alors qu’un cinquième d’entre eux évoquent une amélioration. Point positif tout de même: les cadres interrogés qui ont évoqué une détérioration ont été surtout nombreux durant les six premiers mois, moins durant le troisième trimestre.

Les principaux facteurs d’inquiétude des cadres sont les effets négatifs de la crise de la dette (57%), une hausse du protectionnisme (47%) et du chômage (45%). En revanche, la baisse de la demande indigène (31%), l’inflation (24%) ou une crise immobilière (19%) les préoccupent peu. C’est ce qui ressort des réponses de plus de 250 cadres dirigeants d’entreprises suisses issus de toutes les branches et de toute taille. Plus de 1300 directeurs et responsables financiers ont été contactés entre le 14 septembre et le 7 octobre.

Qu’attendent les hauts cadres de la politique? Si les deux tiers des sondés souhaitent un soutien de l’Etat, ils n’exigent pas d’aides directes. Au contraire, ils réclament un allégement des charges administratives (21%) et l’absence de détérioration des conditions-cadres (20%). Ils souhaitent aussi que la Suisse conclue d’autres accords de libre-échange (17%).

Rudolf Minsch, chef économiste chez economiesuisse, est surpris en bien par ces résultats. «Dans certains pays, lorsque les entreprises ont des difficultés, ­elles se tournent vers l’Etat pour demander des subventions. Ce n’est pas le cas en Suisse. Les sociétés veulent certes que l’Etat les aide, mais pas de manière directe», observe l’économiste. Que peut faire l’Etat à son avis? «Il doit d’abord éviter de détériorer les conditions-cadres.» Il redoute en particulier une dénonciation des accords bilatéraux avec l’UE et de la liberté de circulation des personnes, y compris via les initiatives Ecopop et celle contre l’immigration massive. Il s’inquiète aussi de la remise en question de la réforme des entreprises II ou d’une acceptation de l’initiative Minder.

Comment interprète-t-il les nombreuses récentes annonces de suppressions d’emplois? Rudolf Minsch distingue deux cas: d’un côté, les réductions d’effectifs chez UBS pouvaient être attendues, juge-t-il. Et de citer que 70% des prestataires de services financiers qui ont pris part à l’enquête anticipent une poursuite du mouvement de consolidation dans ce secteur. Les autres suppressions d’emplois annoncées reflètent, ­elles, «la prise de conscience que la situation restera difficile à long terme dans certaines branches, notamment en raison du refroidissement de la conjoncture dans les marchés émergents et en Europe», analyse Rudolf Minsch.

«Les entreprises veulent certes que l’Etat les aide, mais pas de manière directe», observe Rudolf Minsch