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© Klaus Vedfelt/Getty Images

Carrières

Les cadres aussi sont séduits par l’indépendance

Après avoir travaillé des années en entreprise, de plus en plus de dirigeants choisissent de se mettre à leur compte afin de proposer leurs services à plusieurs clients. Un choix «portefeuille» qui convient particulièrement aux seniors, selon les experts

Cela fait vingt-quatre ans qu’Eva von Rohr a fondé, à Genève, son cabinet de réorientation et gestion de carrières. Depuis 1993, elle a accompagné des milliers d’hommes et de femmes qui changent d’entreprise ou de métier. Ces dernières années, les personnes en transition, que son cabinet accompagne, ont été de plus en plus nombreuses à devenir indépendantes après une vie passée comme cadre en entreprise. «C’est une tendance que les Anglais appellent portfolio career, ou carrière portefeuille en français, explique-t-elle. Cela représente désormais pas moins de 10% de mes dossiers.»

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La carrière portefeuille consiste à cumuler plusieurs fonctions, chacune à temps partiel. Les statuts, eux aussi, peuvent être différents: un emploi comme salarié à 40%, plus un mandat comme indépendant à 20% et un autre à 60%… Ou alors la personne crée une société au nom de laquelle elle va facturer ses services à ses clients. Les formalités administratives sont à envisager en amont avec une fiduciaire, afin de ne pas avoir de surprises. Mais sur le fond, tout est possible, et la législation suisse suffisamment souple.

Choix involontaire

Bien sûr, tout le monde peut multiplier les emplois, y compris précaires. En Angleterre, en Allemagne ou aux Etats-Unis, il n’est pas rare d’occuper plusieurs emplois pour parvenir à toucher des revenus décents. En Suisse, ce modèle se développe aussi dans toutes les catégories de métier, des graphistes aux chauffeurs. Ce qui est nouveau, c’est qu’il attire aussi de plus en plus de cadres seniors d’un haut niveau qui se trouvent en milieu ou en fin de carrière.

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Ce choix n’est pas toujours volontaire, explique Eva von Rohr, dont les clients sont en grande majorité des entreprises qui offrent un programme de repositionnement professionnel à leurs salariés à l’occasion d’une restructuration de leurs activités ou d’un plan social. «Les cadres seniors qui sont licenciés ont un CV excellent, mais ont parfois de la peine à retrouver du travail derrière, précise cette spécialiste. Pour ces profils recherchés, qui ont un important réseau, se mettre à leur compte pour occuper plusieurs mandats est une bonne solution.»

J’ai trois bureaux, trois adresses e-mail et trois soirées de Noël. Cela demande un peu de concentration de changer de contexte trois fois par semaine

Michael Heintze, salarié à temps partiel dans trois entreprises

En Suisse, 25% des chômeurs sont âgés de plus de 50 ans, selon les chiffres du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Pour une partie des cadres en reconversion, l’indépendance peut représenter une bonne solution de repli. Cela a en tout cas été le cas pour Michael Heintze, diplômé de l’EPFL, qui gérait depuis sept ans les risques de la gestion alternative dans une banque privée suisse. En 2010, en pleine crise, son poste a été supprimé. Il avait alors 53 ans. «Je suis resté en bons termes avec mon employeur, qui m’a proposé deux mandats suite à mon licenciement, dit-il. Cela m’a permis de rester actif et de continuer à avoir des revenus dans cette période de transition.»

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Les mois passent et sa mission s’achève. Mais petit à petit, il rencontre des gens, propose ses services de consultant à d’autres établissements financiers de la place. Aujourd’hui, il occupe trois emplois: deux à 40% et un à 20%. Les clients ayant une préférence pour cette forme juridique, il est formellement salarié à temps partiel des trois entreprises. «J’ai trois bureaux, trois adresses e-mail et trois soirées de Noël, raconte-t-il non sans humour. Cela demande un peu de concentration de changer de contexte trois fois par semaine. Mais c’est formidable!»

Plutôt que de me faire imposer une activité, j’ai pu la choisir moi-même, en fonction de mes goûts

Didier, ancien directeur marketing

Michael Heintze le dit lui-même: après 25 ans passés comme employé, il n’avait pas vraiment l’esprit entrepreneur. «Il ne suffisait pas de montrer que j’avais des compétences; il fallait comprendre comment celles-ci pouvaient répondre aux besoins spécifiques de mes clients. Quand on sait faire beaucoup de choses, on risque de donner une image floue. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à recentrer son profil», conseille-t-il à ceux qui seraient tentés de sauter le pas.

Baisse de salaire

Ce spécialiste a eu de la chance, car son changement de carrière n’a pas eu d’impact sur ses revenus. Cela n’a pas été le cas pour Didier (prénom d’emprunt), qui a perdu environ 30% de son salaire. Mais il ne regrette rien. Directeur marketing pendant vingt ans, il a beaucoup voyagé pour son travail. Mais en 2015, un souci de santé l’oblige à changer de rythme. Il décide alors de se réorienter. D’un côté, il donne des cours dans des établissements hôteliers et, de l’autre, il effectue des missions de consulting via sa Sàrl, qu’il a créée pour l’occasion.

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Actuellement, son temps de travail est de 80% environ. «Mes besoins sont différents, explique-t-il. Je suis plus tourné vers ma famille, j’ai d’autres priorités. Plutôt que de me faire imposer une activité, j’ai pu la choisir moi-même, en fonction de mes goûts.» Le pendant de cela, c’est l’instabilité relative de la carrière portefeuille, où la visibilité à long terme est réduite. «C’est sûr qu’il faut être un peu entrepreneur pour se lancer, ajoute-t-il. Tout le monde n’est pas fait pour.» Pour réussir ce virage à 360 degrés, Didier a bénéficié des conseils d’Eva von Rohr et de ses équipes, qui l’ont aidé à comprendre ce qui lui ferait plaisir et à savoir si cette option était viable.

Les offices régionaux de l’emploi peuvent aussi fournir de l’aide à ceux qui débutent. Souvent, ceux qui font le choix d’une carrière portefeuille et qui réussissent la poursuivent jusqu’à la retraite. «La flexibilité de ce modèle me semble très intéressante, pense Michael Heintze. Le client profite d’un service sur-mesure et moi je peux adapter à mon rythme de vie. Quitte à garder un mandat, même après 65 ans».

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