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Cahuzac, comptes, mensonges et mystères

Millions d’euros et mensonges à la pelle: le dossier Cahuzac est lourd pour l’ex ministre socialiste qui menait sa carrière politique au pas de charge

A la lecture des différents récits publiés ces jours-ci sur l’incroyable affaire Cahuzac, deux questions se dégagent. Comment l’ex-élu PS du Lot-et-Garonne, spécialisé avec son ex-épouse dans la très onéreuse (et souvent payée en liquide) chirurgie capillaire, a-t-il pu obtenir la confiance de François Hollande pour se voir confier en juin 2012 les rênes du Budget, ce ministère si crucial, après avoir présidé la Commission des finances de l’Assemblée? Et comment, surtout, les rumeurs sur ses pratiques fiscales, en circulation depuis 2001, n’ont-elles alerté personne dans les palais de la République?

La manière la plus facile de répondre est évidemment de dire que Jérôme Cahuzac a trompé tout le monde, même si les mécanismes financiers auxquels lui et sa femme avaient recours (compte en Suisse puis à Singapour, société offshore et compte à l’île de Man) n’avaient rien de très alambiqué. Sauf que le flou, et les non-dits, empoisonne encore aujourd’hui ce dossier emblématique d’un homme qui, depuis ses aveux d’avril 2013, a recommencé une vie normale, golfant sur des parcours prestigieux et dînant dans des brasseries parisiennes en vue. L’hypothèse évoquée selon laquelle son compte helvétique – alimenté aussi par ses émoluments de consultant pour de grands groupes pharmaceutiques – était peut-être l’embryon d’un «trésor de guerre» pour le courant rocardien auquel il appartenait au PS, mérite ainsi examen. Idem pour le parcours sinueux de la fameuse bande sonore dans laquelle il avouait dès la fin 2000 son compte suisse, initialement enregistrée par erreur sur le portable de son adversaire malheureux à la mairie de Villeneuve-sur-Lot, puis transmise à l’ex-juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière qui décida alors de la garder au chaud jusqu’aux révélations de Mediapart en janvier 2013.

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Profondes ramifications

L’affaire Cahuzac dont le procès s’ouvre ce lundi est clairement une affaire d’Etat, tant elle illustre la duplicité d’une large partie de la classe politique française en matière de fiscalité et de patrimoine. Ses ramifications, interrompues par la démission de l’intéressé et sa posture de menteur solitaire, pourraient bien, néanmoins, être plus profondes que ce que laissent penser les attendus de ce procès médiatique d’un couple fraudeur, d’une banque suisse et d’un conseiller financier.

A lire: Code Birdie, dans les secrets de l’enquête Cahuzac (Flammarion),
Dissimulations (Ed. Fayard).

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