«Une hirondelle ne fait pas le printemps, et une bonne année boursière ne fait pas une caisse de pension». Christian Cuénoud, administrateur de la caisse de pension de l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), s'exprimait jeudi au château de Pregny du baron Benjamin de Rothschild. La Banque Privée Edmond de Rothschild y donnait son séminaire institutionnel.

L'institution de prévoyance de l'organisation internationale, qui gère 4,2 milliards de francs d'actifs, avait réalisé 12,4% de performance en 2005. Depuis un mois, la tempête boursière vient enrayer ses gains passés. Ses engagements sont lourds, avec 2947 rentiers pour 3213 cotisants, et sa structure par âge montre une très forte proportion de collaborateurs proches de la retraite, reflet de l'afflux d'ingénieurs européens au CERN dans les années 60. D'autant qu'elle est organisée en primauté de prestations, système dans lequel les rentes correspondent à un pourcentage du dernier salaire, généralement élevé. «Nous pourrions difficilement passer à un système en primauté de cotisation, car cette caisse, comme celle de la plupart des organisations internationales, assure aussi bien l'AVS, Ier pilier, que le IIe pilier», explique Christian Cuénoud.

Visant un objectif de 5% à 5,5% de rendement, la caisse de pension du CERN a diversifié ses placements, comme la plupart des institutions de prévoyance échaudées par la forte débâcle des années 2000 à 2002, lors de laquelle le fonds de l'organisation scientifique a aussi connu un découvert technique. Son taux de couverture est aujourd'hui revenu à 101%. Fin 2005, le portefeuille de l'institution comptait 27% d'obligations, 41% d'actions, 5,6% de placements alternatifs (produits dérivés, swaps, private equity), 11% d'immobilier, et 11% d'obligations convertibles. L'intérêt de la diversification est évident: «Une caisse ne pourrait aujourd'hui compter uniquement sur un portefeuille d'obligations, car les taux d'intérêt réels en francs suisses à long terme ont connu une forte baisse, passant d'environ 3% en 1992 à 1,5% en 2005, soit moins que le taux minimal», constate Christian Cuénoud.

Se démarquant de la tendance générale, l'administrateur n'aime pas les hedge funds et le dit, quitte à contrarier ses hôtes du jour de la Banque Privée Edmond de Rothschild, l'une des premières à lancer des fonds de hedge funds en 1969: «Pour des raisons de coûts, de transparence et de liquidité, nous avons décidé que cette classe d'actif ne nous convient pas.» En revanche, Christian Cuénoud privilégie les matières premières, en évitant toutefois une surexposition au pétrole, qu'imposent les grands indices comme le Goldman Sachs Commodity Index (GSCI). La Caisse a donc choisi de créer son propre panier diversifié, le «CERN baskset». Ce panier réduit la part de l'énergie en faveur des métaux industriels, des métaux précieux, et de l'agriculture. Depuis août 2005, il surperforme largement le GSCI.