«La caisse de pension du CICR se distingue par sa diversité culturelle»

Prévoyance Avec des assurés provenant de 80 pays, la flexibilité est un besoin majeur

Le choix de la rente ou du capital est différent selon les régions

La caisse de pension du CICR est une institution particulière, notamment par sa diversité culturelle. Ses 2850 assurés actifs et 910 retraités sont de 125 nationalités différentes. Si environ 900 actifs travaillent en Suisse, les autres sont répartis entre 80 pays. La caisse du CICR applique la LPP. Avec une administration de 5 postes, elle gère une fortune de 1,1 milliard de francs à travers 8 mandats externes, 2 en immobilier indirect, 6 balancés (deux en gestion active, 2 en gestion passive et 2 en budget de risque). L’immobilier direct est géré à l’interne.

La performance atteint 6,8% à l’heure actuelle. René Zagolin, directeur de la caisse de pension du CICR, qui participait lundi au deuxième séminaire de la prévoyance professionnelle, sous l’égide du Groupe Edmond de Rothschild, répond aux questions du Temps.

Le Temps: Comment faire preuve de flexibilité à l’égard d’une caisse qui représente 125 nationalités?

René Zagolin: La diversité culturelle est l’un des éléments qui distinguent notre caisse de pension des autres institutions. Le passé de prévoyance d’un assuré provenant d’Europe du Nord n’est pas identique à celui d’un assuré provenant d’Afrique. Cette diversité culturelle se traduit par des approches très différentes face à l’argent, la famille, la vie, la mort et face à la confiance dans les institutions. Les Anglo-Saxons, les Africains, les Moyen-Orientaux souhaitent souvent avoir leur avoir acquis en capital et non en rente. Les Européens et Asiatiques préfèrent généralement la rente au capital. Ceux qui vivent leur retraite dans un pays relativement cher préfèrent une rente. Lorsque le niveau des prix est moins élevé, ils ont tendance à prendre le capital.

– Est-ce que votre approche est celle d’une caisse privée ou d’une caisse publique?

– Nous sommes une caisse de pension privée, en primauté de cotisation, avec une ferme volonté de préserver son équilibre financier sur le long terme. Le degré de couverture atteint 103% à ce jour (avec un taux technique de 3,5%). Si nécessaire, nous sommes légalement tenus de et prêts à prendre des mesures d’assainissement. Par la suite, une baisse ultérieure du taux technique est envisagée.

Le mouvement de personnel élevé (30%) crée des coûts administratifs supplémentaires. En revanche, il permet de suivre de près les risques actuariel et démographique découlant de l’évolution de la population du CICR. L’âge moyen est de 43 ans. Si les jeunes délégués ont plutôt 35 ans, certains spécialistes sont affiliés à plus de 50 ans.

– Comment adapter la caisse de pension à ces cultures différentes?

– Le retrait en capital complet a été introduit en 2014, après avoir été limité à 50% au maximum. A fonctions égales, les nouveaux employés de 50 ans et plus ont des besoins de prévoyance très différents. L’Européen du Nord en fin de carrière est souvent au bénéfice d’une prévoyance acquise confortable dans son pays alors que le non-Européen dispose d’une prévoyance souvent plus faible. La volonté du conseil est d’offrir une flexibilisation des cotisations. Dans ce cadre, nous souhaitons offrir à terme la possibilité de choisir leur cotisation en partant d’un seuil relativement élevé (8,5%, part de l’employé).

– Quels obstacles devez-vous surmonter pour y parvenir?

– Le problème se situe dans la réalité des coûts administratifs, la formation de prévoyance des assurés et la faisabilité technique. Pour permettre de telles options, les logiciels de gestion doivent offrir un niveau élevé de flexibilité. Nous nous préparons à intégrer ce besoin dans un changement de logiciel en cours.

– Est-ce que le coût de votre caisse de pension est supérieur à la moyenne?

– Le coût administratif par assuré est relativement élevé en raison de la rotation de l’effectif. Nous souhaitons le réduire, par exemple à l’aide d’une automatisation ultérieure des tâches transactionnelles.

– Est-ce que dans les placements vous offrez différentes options d’investissement face à cette diversité culturelle?

– Non, pas pour l’instant. Mais ce n’est pas une réelle demande pour l’instant. Les assurés ne proviennent que rarement de la finance et préfèrent déléguer ces aspects. En outre, relativement peu de gens atteignent chez nous le niveau de salaire assuré requis.

– Est-ce possible de procéder à des retraits en capital pour l’achat de maisons?

– Nous avons beaucoup de demandes et peu d’élus. Par respect de la loi et par souci d’équité, nous appliquons les critères suisses. Sur 350 demandes par année, 35 arrivent à un retrait en capital. Comme les gens sont très mobiles, il est difficile de satisfaire au critère suisse de l’usage propre du bien acheté.

– Est-ce que la réforme Berset vous permet d’être plus flexible?

– Un point important est l’âge de préretraite. Nous avons jusqu’ici favorisé une flexibilité de l’âge de la retraite entre 58 et 62 ans, voire 65 ans, notamment pour répondre aux besoins de certains collaborateurs expatriés pour qui certaines affectations deviennent difficiles à partir d’un certain âge.

– Comment gérez-vous le besoin du 3e cotisant?

– A l’égard de l’immobilier, l’objectif consiste à avoir un parc immobilier loué aux conditions du marché. Mais nos collaborateurs passent en priorité dans l’attribution des appartements sis dans le canton de Genève.

Dans la gestion de fortune, notre allocation d’actifs comprend 36% d’actions, 20% d’immobilier, pour moitié direct et moitié indirect, et 44% d’obligations. Fin 2012, nous avons réalisé une réflexion approfondie sur la stratégie de placement de la caisse de pension du CICR avec les conseils de deux consultants distincts. De cet exercice ont résulté diverses décisions (asset allocation, types de mandat, modalité de couverture des risques, mandataires, etc.) basées sur certaines priorités retenues. Les principales priorités sont la préservation du potentiel de performance, la réduction de la volatilité des résultats, en particulier du risque de «perte maximum», la réduction de l’impact potentiel de risques macroéconomiques (endettement des Etats, hausse des taux, inflation, prix de l’énergie, etc.), la diversification optimale.