Prévoyance

La caisse de pension d’UBS baisse son taux de conversion de manière drastique

L’institut de prévoyance de la grande banque réduit son taux technique de 3 à 1,5%, ce qui conduit à l'un des taux de conversion les plus bas du pays, à 4,42%. Pour réduire le choc, UBS injecte 720 millions dans sa caisse de pension sur trois ans

Effet indirect de la politique de taux négatifs de la BNS et de l’augmentation de l’espérance de vie, les caisses de pension réduisent les paramètres clés du deuxième pilier. UBS a ainsi décidé de réduire fortement son taux technique, soit le taux de rendement que la caisse de pension espère réaliser à long terme. Critère important de la prévoyance, il doit assurer que les réserves de l’institut de prévoyance suffisent pour payer les rentes futures. Dans le cas de la grande banque, le taux technique passe de 3% à 1,5% à partir de 2019, ainsi qu’elle l’a communiqué lundi lors de la présentation des résultats annuels.

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Cette diminution de moitié se répercute sur tous les autres paramètres du deuxième pilier, à commencer par le taux de conversion, soit le taux auquel l’avoir de vieillesse est converti en une rente annuelle.

Le taux technique de référence est de 2%

Le taux de 1,5% serait l’un des plus bas du marché, selon les experts. «Le taux de 1,5% choisi par UBS se situe largement au-dessous de la moyenne romande et il est légèrement inférieur à la moyenne en Suisse alémanique», explique Quentin Costa, actuaire auprès de PPCmetrics, à Nyon. Les banques ont souvent des taux inférieurs à la moyenne. Le taux est de 2% chez Credit Suisse, mais il devrait encore descendre. En 2016, le taux technique le plus bas était de 0% et il était en vigueur auprès de cinq institutions, indique la Banque cantonale de Zurich.

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La directive technique (DTA 4), soit le taux de référence de la Chambre suisse des actuaires-conseils qui représente le benchmark de la profession, se situe à 2%. Il est valable jusqu’à fin septembre 2018. Ce taux est calculé en prenant pour deux tiers l’indice Pictet LPP 25 et un tiers le rendement des obligations de la Confédération à 10 ans. «Avec 1,5%, la banque anticipe sans doute la poursuite de la baisse» indique Jérôme Cosandey, chef de projet auprès d’Avenir Suisse.

«Rien ne permet de critiquer un taux technique de 1% employé pour évaluer les engagements d'une caisse de pension qui comprend une proportion élevée de retraités», déclare Hanspeter Konrad, directeur de l'Association Suisse des Institutions de Prévoyance (ASIP).

La situation de la caisse de pension d’UBS est favorable, avec un taux de couverture de 131,9%. Mais selon une méthode reprenant les conditions de marché, le taux «économique» ne serait que de 103,3%.

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A la suite de la baisse du taux technique, le taux de conversion passera de 5,44% à 4,42% auprès d’UBS. Un assuré prenant sa retraite à 65 ans verra donc la rente diminuer de 18,75%, avec le changement de modèle. Avec un avoir de vieillesse de 500 000 francs, la rente s’élèvera à 22 100 francs et non plus de 27 200 francs.

Méfiance croissante à l’égard du deuxième pilier?

«Avec un tel taux de conversion, UBS détient la palme des plus bas», selon Thomas Zimmermann, porte-parole de l’Union syndicale suisse. «Les assurés ne comprennent ainsi plus la valeur que leur apporte le deuxième pilier, d’autant que le rendement des caisses de pension est bon en 2017», commente-t-il.

L'an dernier, le rendement des caisses de pension s’est élevé à 7,8%, selon l’indice UBS des caisses de pension. «Les résultats réjouissants des caisses de pension en 2017 devraient être utilisés pour renforcer les réserves et les provisions ainsi que pour rémunérer l'avoir de vieillesse des actifs», estime Hanspeter Konrad.

D’autres entreprises offrent des taux de conversion au-dessous de 5%, à l’image de Ruag, avec 4,57%, Tamedia (4,95% cette année et 4,77% en 2019). Chez Credit Suisse, le taux de conversion sera de 5,69% en 2019 et tombera à 5,011% en 2024 et 4,865% en 2025.

«Le taux de 4,42% est l’un des plus bas du marché», confirme Quentin Costa. Lors de la réforme Berset, refusée par le peuple le 24 septembre dernier, le taux de conversion devait baisser de 6,8 à 6%. Aujourd’hui, non seulement la barre des 6% a été franchie, mais aussi celle des 5%.

Pour réduire le choc, la banque injecte 720 millions de francs dans sa caisse de pension sur trois ans à partir de 2020.

Ponction dès 20 ans, plus 25

Le changement, qui a été approuvé également par les représentants des assurés, sera limité pour les assurés proches de la retraite. Pour les 55 ans ou plus, la baisse des prestations prévues ne dépassera pas 5%, pour les plus jeunes, elle sera inférieure à 10%. Pour les assurés nés en 1960 ou avant, c’est l’ancien règlement qui reste en vigueur.

Mais si la banque injecte 720 millions, les assurés actifs devront aussi faire un geste. L’âge normal de la retraite passe de 64 à 65 ans, et les cotisations LPP seront prélevées non plus à partir de 25 mais de 20 ans. Enfin, les cotisations des employés seront relevées, alors que celles de l’employeur seront inchangées.

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