La mondialisation croissante a énormément contribué à une répartition plus équilibrée des revenus ainsi qu’à la lutte contre la pauvreté; l’interdépendance des pays, des secteurs et des entreprises dans le processus international de production a en revanche augmenté. Les possibilités de diversification géographique sont considérablement réduites et l’optimisation des risques cible désormais la combinaison des différents secteurs et produits financiers. Nous sommes par ailleurs certains qu’une nouvelle crise financière va éclater; la question est de savoir quand cela aura lieu.

Les caisses de pension qui investissent à l’international tentent de tirer parti de ces possibilités de diversification réduites. Le principal moteur de cette «diversification restante» réside dans la compensation des variations de valeur des taux d’intérêt versus des placements en actions, qui a fonctionné presque comme une loi naturelle ces dernières décennies. Compte tenu des taux d’intérêt nuls voire négatifs – du fait de la politique monétaire expansionniste des banques centrales – ce mécanisme est aujourd’hui endommagé et devient même un facteur de risque. L’acquisition d’actifs de gré à gré (p. ex. private equity) fait voler en éclat l’évaluation traditionnelle du risque, car il est plus compliqué d’évaluer les valeurs de marché «sous tension» pour ces investissements que pour les valeurs boursières. Accorder de l’importance aux secteurs qui résistent à la crise, comme les produits de consommation ou les télécommunications, en investissant dans des titres liquides reste une diversification efficace.

Ne pas tout vendre en cas de crise

La simulation de crise traditionnelle, qui permet d’apprécier une perte maximale possible sur la base de volatilités, de corrélations et de rendements historiques, peut sembler quelque peu obsolète en égard au nouvel ordre mondial sur le marché des capitaux, dans la mesure où il semble désormais d’usage de tout vendre en temps de crise. Placer un ordre «stop loss» institutionnalisé en cas de panique ne fait pas partie de la normalité.

Pour une caisse de pension aujourd’hui, le fait d’évaluer les différents scénarios de crise n’a pas pour principale fonction de déterminer un montant maximal de perte, mais de donner à réfléchir sur les actions à mettre en œuvre en cas de perte. Nous devons admettre que toutes les caisses de pension peuvent subir de lourdes pertes.

Prenons à titre d’exemple une perte de 25% de tous les actifs qui fait passer le taux de couverture de la caisse de pension à moins de 90%. Il est important de noter ici que la sous-couverture qui résulte de la perte est loin de provoquer une faillite et qu’il est encore temps de rectifier la situation. La perte est tout d’abord affectée aux réserves de fluctuation de valeur puis aux avoirs de vieillesse des actifs dans un deuxième temps et, si cela ne suffit pas, au patrimoine des personnes retraitées.

L’objectif prioritaire est de maintenir la capacité de paiement nécessaire en temps de crise. Ce qui permet la poursuite réglementée des activités sans aller jusqu’au défaut de paiement pour les destinataires et les autres partenaires commerciaux.

L’importance des liquidités

Un scénario de crise pertinent consiste concrètement à évaluer et à planifier les liquidités en temps de crise. Des loyers, intérêts et dividendes seront-ils toujours perçus sur les placements de capitaux? Quels seront les versements effectués par les actifs à la caisse de pension? Enfin, la question se pose de savoir s’il faut acheter des actifs à prix très bas dans pareille situation.

La situation s’aggrave, dans le cas d’un krach sur les marchés financiers, si les salariés quittent massivement la caisse, que ce soit en raison de licenciements pour motifs économiques ou parce que les entreprises affiliées quittent la fondation collective. Les avoirs de vieillesse des destinataires sont réduits en conséquence, ce qui rend encore plus difficile la reprise après la crise.

Je souhaite avancer la thèse selon laquelle le rapport entre les réserves de fluctuation de valeur et les avoirs de vieillesse des destinataires d’une part, et le capital des retraités d’autre part est plus important pour la capacité de risque de la caisse de pension que les risques définis par la stratégie de placement.

Concrètement, il ne sert à rien de développer un scénario de crise qui ne tiendrait compte que des répercussions d’un krach boursier sur les investissements sans en envisager celles sur les liquidités. Le scénario de crise repose finalement sur une pénurie des liquidités et sur le fait que les actifs doivent être vendus à des prix sous tension en temps inopportun.

Différentes configurations

Il peut ainsi arriver que des caisses de pension en situation de sous-couverture soient confrontées à des problèmes complètement différents.

– Les caisses avec une situation nette de trésorerie positive peuvent éviter la «vente des bijoux de famille» et procéder à la (re) capitalisation de manière organisée. Elles peuvent profiter pleinement d’une éventuelle reprise des marchés. Ces caisses exerceront par ailleurs une fonction tampon pour le destinataire en cas de crise marquée, car les mesures d’assainissement devraient être moins radicales.

– Les caisses avec une consommation de liquidités constante enregistreront des pertes comptables du moins en partie à cause de la vente des actifs. Elles ne pourront pas éviter les mesures d’assainissement radicales, ce qui augmente la probabilité de pertes permanentes pour les salariés.

En conclusion, il reste que la constitution de réserves de fluctuation de valeur diminue les risques de mesures d’assainissement ce qui va de pair avec une rémunération raisonnable sur les bonnes années boursières. On ne peut toutefois pas en déduire que cela soit suffisant pour éviter la sous-couverture dans le nouveau monde volatile.

Les caisses de pension doivent par conséquent se préparer à fonctionner à la perfection, y compris en situation de sous-couverture, sans que cela puisse ou doive légitimer cette sous-couverture. Au final, la simulation de crise consiste à garantir la capacité de paiement sans ventes d’urgence. Les mesures à cet effet doivent être établies ex ante et devraient être communiquées aux assurés.