Prévoyance

Les caisses de pension doivent être attentives aux rendements, pas seulement aux coûts

Une étude de l’Université de Saint-Gall a scruté les critères de décision en matière de placement utilisés par les institutions de prévoyance. Les limitations par catégories d’investissement devraient être supprimées, recommande la SFAMA

Il existe une multitude d’études au sujet de la performance réalisée par les caisses de pension en Suisse. En revanche, il y a peu de données à propos du comportement des institutions de prévoyance en matière de placement et des critères de décision utilisés dans le processus d’allocation d’actifs.

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Présentée mercredi à Zurich, une étude réalisée par l’Université de Saint-Gall, sur mandat de la Swiss Funds & Asset Management (SFAMA), l’organisation professionnelle de l’industrie suisse des fonds et de la gestion de fortune, a voulu combler ce manque.

Les taux négatifs ont peu influencé les caisses de pension jusqu’ici

L’enquête, basée sur les réponses de 81 caisses de pension, révèle plusieurs résultats inattendus. Parmi ceux-ci, l’étude constate que les taux négatifs mis en place par la Banque nationale suisse dès fin 2014 n’ont eu, jusqu’ici, que des effets limités sur la structure des placements de la plupart des institutions de prévoyance. Seuls un quart des répondants évoquant un fort impact de cette situation sur leurs décisions d’investissements.

Corrélation positive entre frais et rentabilité

Côté frais, le ratio moyen des coûts totaux (TER) des institutions sondées se situe à 0,6%, les trois quarts de cette part incombant aux coûts de gestion de portefeuille. L’aspect des coûts est au coeur de l’étude. A cet égard, Stefan Morkötter, professeur à l’institut St. Gallen Institute of Management in Asia, parvient à une conclusion contre-intuitive: «Si l’attention portée aux coûts est un moyen important pour générer des rendements nets, des frais élevés ne sont pas forcément un mauvais signe pour la performance», met-il en perspective.

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Au contraire, il observe même une corrélation positive entre les coûts nécessaires pour gérer un portefeuille et la rentabilité réalisée au final. Il cite notamment le cas des placements dans le capital-investissement: selon les données fournies par l’enquête, les coûts de cette classe d’actifs sont certes les plus élevés avec 5,8% mais ceux-ci sont plus que compensés par des produits bruts de 12,1%. Au final, il en a résulté en 2015 un rendement net de 6,4% pour le private equity, davantage que pour les autres classes d’actifs comme l’immobilier (4,5%), les hedge funds (2,9%) ou les actions (0,3%).

Trop d’instances réglementaires différentes régissent la prévoyance

Evoquant le cadre réglementaire qui s’applique aux caisses de pension, Markus Fuchs, le directeur de la SFAMA a, lui, plaidé en faveur de la suppression des limitations imposées pour différentes catégories de placement existant actuellement dans l’Ordonnance sur la prévoyance professionnelle vieillesse, survivants et invalidité (OPP2). Selon celle-ci, les institutions de prévoyance ne peuvent pas placer plus de 50% de leur fortune globale en actions, 30% dans l’immobilier et 15% dans les placements alternatifs.

Il critique aussi la prolifération de différentes réglementations et les multiples instances en charge de ce domaine en Suisse, allant de la Commission de haute surveillance de la prévoyance professionnelle à l’Office fédéral des assurances sociales. Selon le directeur de la SFAMA, mieux vaudrait regrouper toutes ces compétences au sein de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers.

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