Les caisses de pension face aux taux zéro

Perspectives La forte volatilité des emprunts d’Etat pèse sur les performances

Les gérants sont en quête d’alternatives de placement

Après un bon premier trimestre, le deuxième se présente sous un jour moins favorable pour les caisses de pension helvétiques. Les marchés des actions, déstabilisés par la situation en Grèce et le manque de visibilité concernant la politique monétaire aux Etats-Unis, font du surplace depuis juin.

Côté obligations, la valeur des emprunts d’Etat a brusquement chuté depuis que les rendements obligataires, allemands notamment, sont partis en flèche à la mi-avril. Le dernier Baromètre UBS des caisses de pension, publié en juin, reflète cette situation: en mai, la performance moyenne des caisses de pension suisses a été nulle, mettant fin à trois mois consécutifs de hausse.

Malgré les récentes turbulences sur les marchés obligataires, les gérants des institutions de prévoyance gardent leur sang-froid. A l’unisson, ils rappellent que leur stratégie est orientée à long terme. Des représentants d’importantes caisses de pension contactés par Le Temps reconnaissent néanmoins l’ampleur des défis actuels, après plusieurs années de baisse des taux d’intérêt.

Selon Patrick Uelfeti, responsable adjoint de la gestion d’actifs chez Publica, la caisse de pension de la Confédération, la performance, à fin mai, dépassait légèrement les 2%, soit à peine plus qu’à fin mars. Face aux rendements, historiquement toujours très bas des emprunts d’Etat, les caisses de pension cherchent toutes à diversifier leurs placements. Chez Publica, la plus importante du pays avec 37 milliards de francs d’actifs gérés, Patrick Uelfeti évoque quelques pistes: la dette privée, les obligations d’entreprises présentant un même niveau de qualité de crédit que les emprunts d’Etat jugés sûrs, les obligations indexées sur l’inflation ou encore les investissements dans certaines matières premières comme l’énergie ou les métaux précieux.

Olaf Meyer, président du conseil de fondation de Profond, l’une des principales fondations collectives indépendantes de Suisse, observe que les obligations d’Etat n’assurent plus leur rôle de «bouclier de protection» pour les investisseurs. Les emprunts d’Etat étrangers, comme ceux des Etats-Unis ou de l’Australie qui offrent des rendements encore positifs, ne sont pas non plus vraiment une option: car après déduction des frais de couverture contre les variations de change, leur rentabilité tombe aussi pratiquement à zéro. Bref, «il n’y a pas grand-chose qui parle en faveur des obligations actuellement», résume-t-il.

Profond cherche à ramener la part des obligations à environ 17 ou 18% de l’ensemble du portefeuille, comparé à une proportion qui dépassait les 30% il y a quelques années. Olaf Meyer cite comme exemple de diversification possible les investissements dans les infrastructures ou l’énergie. La part en actions de Profond étant déjà élevée, à hauteur de 50%, la marge de manœuvre est limitée à cet égard.

En revanche, la fondation collective continue à accroître ses investissements dans l’immobilier: «Un rendement de 3% reste intéressant dans l’environnement de taux actuels», estime Olaf Meyer. Profond investit dans son propre parc d’immeubles et achète des terrains mais pas des fonds immobiliers tiers. De plus, des projets dans l’énergie sont aussi envisagés, comme des investissements dans les réseaux électriques ou de transport de gaz ou dans les énergies renouvelables.

Quant aux taux négatifs mis en place par la BNS, ils apparaissent presque comme un moindre mal comparé aux défis posés par l’évolution des taux sur les marchés des capitaux. Patrick Uelfeti relativise leur impact chez Publica, où seuls 3% des avoirs sont conservés en cash. «Les taux négatifs ne représentent qu’un seul point sur l’ensemble de la courbe de taux. L’évolution des rendements obligataires et des taux d’intérêt des banques centrales est beaucoup plus décisive pour notre politique de placement. Le fort déplacement de l’ensemble de la courbe de taux vers le bas, en janvier de cette année, a eu beaucoup plus d’impact que l’introduction des taux négatifs de – 0,75% sur la partie en cash», note-t-il.

Christoph Ryter, directeur de la Caisse de pensions Migros (CPM), la cinquième du pays avec 21 milliards de francs d’actifs gérés, ne s’étonne pas du changement de cap pour les rendements des emprunts d’Etat: «Quand les rendements sont tombés presque à zéro, il ne fallait pas s’attendre à ce qu’ils restent à ce niveau pour toujours.» La chute des taux entre fin 2013 et fin 2014 a fait perdre environ 1% de rendement pour les caisses, évalue-t-il. «On ne peut pas seulement compenser cette perte en modifiant la stratégie de placement. Il faudra aussi analyser la situation du côté du passif, des engagements», analyse-t-il.

Le concept de la LPP (taux de conversion de 6,8% compris), repose sur l’hypothèse d’un rendement des placements supérieur à 4,5%. «Or, aujourd’hui, les rendements attendus sont plus proches des 3% que des 4%. Ce pourcentage de rendement manquant ne peut pas être simplement remplacé par des changements de la stratégie de placement. Soit il faudra augmenter les contributions, promettre moins de prestations ou augmenter l’âge des départs à la retraite», conclut-il.

Les obligationsd’Etat n’assurent plus leur rôle de «bouclier de protection»