Les caisses de pension suisses géraient en 2015 un actif total de plus que 800 milliards de francs, auxquels s’ajoutaient 140 milliards de fonds de prévoyance détenus par les assureurs. Il en résulte en moyenne des frais de gestion des actifs de 0,51%, ce qui correspond à presque 4,1 milliards de francs. Une très jolie somme que les caisses de pension déboursent chaque année pour la gestion des actifs. Il n’est donc pas surprenant que cela représente le plus gros poste de dépense d’une caisse de pension.

D’une manière générale, le thème des coûts a gagné en importance au cours des dernières années pour les caisses de pension, d’une part en raison de l’environnement macroéconomique difficile et des taux d’intérêt historiquement faibles, d’autre part en raison de l’évolution démographique.

Transparence accrue grâce aux nouvelles réglementations

Les dispositions réglementaires quant à la divulgation des coûts ont d’ores et déjà mené à une transparence nettement accrue et à une meilleure conscience des frais de gestion des actifs explicites, mais aussi des frais qui sont implicites et dissimulés. Toutefois, toutes les caisses de pension n’exploitent pas encore totalement leur potentiel de réduction des frais. Certaines caisses de pension contestent l’importance des baisses de frais. En effet, elles soutiennent que les frais ne pèsent pas bien lourd face aux fluctuations des actifs immobilisés. D’autres n’emploient pas encore tous les moyens qui sont à leur portée pour réaliser des économies.

En matière d’investissement, les caisses de pension devraient se concentrer sur leur activité principale, c’est-à-dire la gestion des actifs des assurés et l’investissement de ces actifs. C’est cette activité qui permet de générer des revenus.

Le choix de l’allocation des actifs et de la stratégie d’investissement définissent le succès d’une caisse de pension; toutefois, les caisses de pension exercent uniquement une influence relativement limitée sur les frais.

Les possibilités de baisse des coûts

Les frais peuvent être réduits à différents niveaux selon le choix du fournisseur, le type de mise en œuvre de la stratégie d’investissement, notamment si la stratégie relative aux actions est active ou passive par l’intermédiaire d’un fonds coté (ETF), ou encore selon le choix de produits d’investissement spécifiques.

Il est possible de diviser les frais de gestion des actifs en trois catégories distinctes : coûts de gestion, coûts de transaction et coûts d’entretien (garde des titres ou «custody»). Dans le cas d’une mise en œuvre active de la stratégie d’investissement, la garde des titres et les coûts de transaction représentent en moyenne un quart des frais de gestion des actifs, alors que les coûts de gestion en constituent presque les trois quarts. Étant donné que les coûts de gestion sont presque divisés par deux dans le cas d’une stratégie d’investissement passive, le choix entre une stratégie «active» et «passive» est extrêmement important pour les frais.

Parmi les autres facteurs qui exercent une influence sur les frais de gestion des actifs, on compte également une faible liquidité du marché des titres détenus, un grand nombre de gestionnaires d’actifs et de banques de dépôt différents, ainsi qu’une diversification inefficace.

Attention au risque de change

La couverture du risque de change représente également un coût important, mais elle est tout de même conseillée dans certaines circonstances. En revanche, l’influence des importants volumes d’actifs sur les frais est, quant à elle, surestimée et les investissements alternatifs, bien que plus onéreux, peuvent fournir un rendement supérieur à la moyenne. De même, les caisses de pension qui ne connaissent pas précisément la structure de leurs frais de gestion des actifs ou celles qui négocient de nouvelles conditions uniquement au cas par cas supportent des coûts plus élevés. Dans tous les cas, il est pertinent de réaliser une analyse précise des coûts car il est toujours possible de réduire les frais.

Très souvent, le thème de la baisse des coûts est confondu avec la question de la stratégie d’investissement. Toutefois, ce n’est ni pertinent, ni l’objectif d’une analyse de coûts. En effet, il est possible de réaliser des économies sans modifier la stratégie d’investissement et sans changer de gestionnaires d’actifs mandatés ou de produits d’investissement.

L’analyse précise des structures de coûts complexes et la négociation de nouvelles conditions se fondant sur cette analyse permettent à elles seules de réaliser des économies de 5 à 25% des coûts totaux de gestion des actifs. En outre, les nouvelles conditions ne prennent pas seulement en considération les commissions d’un unique mandat, mais elles étudient également les coûts de l’ensemble des fournisseurs et prestations.

Par conséquent, les caisses de pension suisses pourraient d’ores et déjà économiser entre 200 millions et 1 milliard de francs uniquement grâce à la renégociation des conditions, et ce, sans changer de stratégie d’investissement, ni de fournisseur. Ce montant est bien trop élevé pour que les caisses de pension et les assurés puissent y renoncer.

Reto Tarreghetta est PDG de Novarca AG, Zurich.