Pour la première fois depuis quatre ans, le rendement des fonds du 2epilier pourrait être inférieur au taux minimal garanti (2,5%). «Au 6 juin, les caisses de pension suisses sont globalement sous ce seuil», relève Olivier Ferrari, consultant chez Coninco. Il n'est pas sûr qu'elles réussissent à redresser la barre d'ici à la fin décembre.

L'indice Pictet LPP 40, qui reproduit la performance d'une caisse de pension assez prudente, est en recul de 1,9% depuis le début de l'année. Ce mauvais chiffre, qui ne prend pas en compte la forte baisse des marchés jeudi, devrait inciter les gérants de caisse de pension à la prudence. «C'est une piqûre de rappel sur l'importance des réserves de précaution», estime un gérant. Après leur performance moyenne de 14% l'année dernière, beaucoup de caisses ont été tentées de distribuer une partie de leurs surplus aux assurés. Cette générosité ne paraît plus de mise alors que les Bourses restent orientées à la baisse.

Jeudi, les marchés d'actions ont encore été bousculés sur fond de crainte que les banques centrales n'étouffent la croissance en relevant trop leurs taux d'intérêt. Quatre d'entre elles, dans la zone euro, ainsi que la Turquie, la Corée et l'Inde viennent de rehausser leurs taux directeurs.

Le SMI, l'indice des grandes valeurs suisses, a cédé 2,7% jeudi. En repli de 3,1% depuis le début de l'année, il est repassé sous les 7400points pour la première fois depuis novembre. La plupart des spécialistes pronostiquent plusieurs mois difficiles au cours desquels le moral des investisseurs sera mis à rude épreuve. «Il y a un début de panique, mais on n'est pas entré dans un «bear market»; les bénéfices des sociétés sont toujours en hausse», tempère un gérant genevois.

Les actions ne sont pas les seules à être mises à mal. Les obligations suisses, qui représentent environ 29% des portefeuilles des caisses de pension, ont cédé 5,7% cette année. Parties de très haut, elles ont plus souffert que leurs consœurs européennes (-4,6%). Mais l'obligataire, qui évolue en sens inverse des taux à long terme, remonte vigoureusement depuis la mi-mai. Un tel mouvement signale en général que le marché anticipe un essoufflement conjoncturel et/ou une modération des pressions inflationnistes. En hausse de 6,1% contre le dollar, le franc a rogné le rendement des placements à l'étranger. «Nous restons quand même avec une performance de 3,1% en 2006 grâce aux matières premières et aux marchés émergents», témoigne le responsable d'une grande caisse de pension à Genève. Les bons marins se révèlent dans le coup de vent.