Dans le microcosme financier, tout le monde adore le climat. Depuis 2015 et la conférence de Paris sur les changements climatiques – la COP21 –, le grand public est de plus en plus conscient de la nécessité de protéger l’environnement. Les clients des banques commencent à vouloir investir, tout en faisant le bien, bref, en se montrant responsables. Les banques sont ravies de leur proposer des produits à thématique durable. C’est bon pour les affaires et pour l’image.

Des géants de la gestion d’actifs comme BlackRock se sont clairement engagés pour une gestion durable. Mais en Suisse, les plus grands investisseurs peinent à intégrer la dimension de durabilité dans leurs portefeuilles. Les investissements actuels des caisses de pension suisses provoqueront ainsi un réchauffement climatique de 4 à 6 degrés, selon l’Alliance climatique. La COP21, il y a bientôt trois ans, visait à limiter la hausse de la température moyenne mondiale à 1,5 degré d’ici à la fin du siècle, ou à 2 degrés au maximum. Le récent rapport du GIEC montre que ce sera difficile.

Les caisses de pension suisses doivent-elles prendre en compte le risque climatique dans leur politique d’investissement? C’est la question qu’a posée à un avocat l’Alliance climatique suisse, qui a tiré la sonnette d’alarme dimanche sur la trajectoire des fonds de prévoyance vers ces 4 à 6 degrés. Les professionnels de la prévoyance, surtout les plus «verts» d’entre eux, se plaignent régulièrement du cadre réglementaire suisse. Non seulement il n’encourage pas explicitement les investissements responsables, disent-ils en substance, mais il découragerait même les bonnes volontés.

Devoir fiduciaire

Les textes officiels prévoient que la gestion d’actifs de fonds de pension doit être prudente, en termes de sécurité de rendement, de diversification et de liquidité. Y ajouter des préoccupations de respect du climat ou de l’environnement peut faire apparaître des contradictions. Si une caisse de pension arrête d’investir dans les entreprises actives dans les énergies fossiles, elle prend le risque de dégager moins de rendement et de limiter sa diversification. Et donc de ne pas respecter son devoir fiduciaire. D’un autre côté, est-il véritablement «prudent» d’investir dans des industries polluantes? Non, et l’avis de droit dévoilé par l’Alliance climatique suisse estime même que les risques climatiques doivent être inclus dans la politique d’investissement.

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