Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Keith Ambachtsheer, gourou de la prévoyance, souligne les mérites d'un gouvernance qui reprend les principes de gestion de Peter Drucker pour les caisses de pension
© Fairfax Media via Getty Images

Retraites

Les caisses de pension suisses sous-performent et sont mal dirigées

C'est le gourou des caisses de pension Keith Ambachtsheer qui le dit: sur 10 ans, les instituts de prévoyance helvétiques sous-performent de 0,7% alors que ceux qui emploient le «modèle canadien» surperforment de 0,6%. L’Université de Saint-Gall s'est aussi penchée sur les défauts de gouvernance suisses

En théorie, une bonne gouvernance conduit à une bonne performance. Est-ce pour cette raison que le rendement des caisses de pension suisses est décevant? Selon une étude portant sur 132 caisses de pension dans le monde réalisée par Keith Ambachtsheer, «gourou de la prévoyance» et directeur du International Centre for Pension Management de l’Université de Toronto, il ressort que les instituts suisses sous-performent de 0,7% par an, par rapport à l’indice de référence créé pour l’occasion. Par contre, les huit caisses de pension employant le réputé «modèle de gouvernance canadien» présentent une surperformance annuelle de 0,6% entre 2006 et 2015.

A lire aussi: Selon le «pape de la prévoyance», la Suisse doit réduire à 20 le nombre de caisses de pension

Ce gain supplémentaire correspond à 4,2 milliards de dollars canadiens (3,19 milliards de francs) par an, soit 31,9 milliards de francs sur dix ans. Face aux difficultés de la prévoyance, au défi des bas taux d’intérêt et de l’augmentation de l’espérance de vie, ce montant est considérable.

Pour la Suisse, la portée de l’étude est limitée par le fait que les données disponibles portent sur 2010 à 2012 et non pas sur dix ans. Mais les critiques du Canadien à l’égard du système de caisses de pension suisse sont connues: taille insuffisante, manque d’autonomie des directions, recours excessif aux gérants externes, organisation trop axée sur le court terme.

Une bonne gouvernance, c’est 1% de mieux que la moyenne

Les résultats de Keith Ambachtsheer, publiés par KPA Advisory Services, sont confirmés par une étude de Manuel Ammann et Christian Ehmann, chercheurs à l’Université de Saint-Gall. Ces derniers confirment le lien entre la qualité de la gouvernance et la performance dans une évaluation de 139 caisses de pension suisses, publiée par la Revue suisse d’économie et de statistique dans son édition de septembre. Le meilleur quart des caisses de pension, en termes de gouvernance, présente un rendement annuel de 1% supérieur à la moyenne, écrivent-ils.

A lire aussi: Les caisses de pension peuvent baisser les coûts de 5 à 25%

Les deux chercheurs mettent en exergue «un potentiel d’amélioration» des instituts suisses, qui va de la politique d’information à la gestion des risques. Seuls 3% des caisses de pension ont lié la rémunération de leur directeur à ses objectifs ou à la performance d’investissement. Presque les deux tiers des directeurs des caisses ou des autres directeurs reçoivent une rémunération sans aucune part variable, regrettent les auteurs.

Manquements dans la gouvernance en Suisse

Manuel Ammann et Christian Ehmann s’étonnent aussi que seulement 34% des caisses de pension aient défini et communiqué leurs objectifs stratégiques. Encore plus étonnant: A peine 22% des conseils d’administration ont déterminé leurs objectifs de gestion.

La liste des manquements est longue. Un tiers des caisses de pension n’ont pas de stress test interne dans leur gestion du risque. Il s’agit surtout des grandes caisses, celles ayant plus d’un milliard sous gestion, ajoutent les auteurs. Le manque de professionnalisme est également dénoncé: quelque 70% des caisses n’élisent pas leur organe de surveillance en vertu du savoir des membres. Enfin, 39% des caisses n’ont pas établi de concept de formation pour leurs directeurs ou conseillers.

Mieux vaut gérer à l’interne

Pourtant il existe un modèle de gouvernance performant, le «modèle canadien», fruit des travaux de Keith Ambachtsheer, et repris par les huit caisses citées. L’analyse montre que ces instituts délèguent peu leurs décisions d’investissement. Le taux de gestion interne – c’est-à-dire non confiée à des gérants externes qui coûtent cher – est de 75%, contre 17% pour la moyenne des 132 fonds mondiaux étudiés.

A lire aussi: L’avertissement du Tribunal fédéral aux caisses de pension

Les fonds canadiens investissent 23% des actifs sur les marchés non cotés («private equity» et «private debt»), contre 11% en moyenne. Malgré les frais de gestion élevés des titres non cotés, les coûts des huit fonds canadiens s’inscrivent dans la moyenne. Les frais sont de 48 points de base, contre 50 points de base en moyenne des 132 fonds.

Un rendement annuel de 10% sur 25 ans

Ce modèle canadien applique à la prévoyance les principes de Peter Drucker, l’expert du management et auteur de The Unseen Revolution (1976). Keith Ambachtsheer s’en est servi lors de la création d’une task force canadienne à la fin des années 1980. L’expert, qui explique son modèle dans le livre The Future of Pension Management (Wiley, 2016), privilégie une gouvernance des caisses de pension qui soit indépendante de tout conflit d’intérêts. Il recommande une direction composée de spécialistes talentueux, dont la rémunération est fonction de leur performance. Ses principes se traduisent par une forte proportion de gestion des fonds à l’interne, pour mieux réduire les coûts plutôt que de les déléguer à l’extérieur, et surtout une mission claire.

La première caisse de pension à reposer sur ses principes est celle des enseignants de l’Ontario Teachers’ Federation (OTF) à partir de 1990. Sa performance est exceptionnelle sur 25 ans, puisque le rendement atteint 10,1% par an depuis sa création. Ce rendement dépasse de 2,2% par an celui de son indice de référence ayant un niveau de risque similaire.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)