Placement

Les caisses de pension toujours plus friandes de gestion passive

Les ETF décollent en Suisse, mais s’adressent surtout aux particuliers. Les institutionnels ont d’autres recours à la gestion passive

La gestion passive est toujours populaire en Suisse. Les investisseurs continuent notamment de se ruer sur les ETF, ces fonds de placement cotés en bourse qui répliquent des indices boursiers la plupart du temps. Moins chers, très liquides, ils présentent de grands avantages, en particulier quand les marchés sont haussiers et que la gestion active de sélection d’actions ne fait pas beaucoup de différence.

A fin mai, les ETP, les «Exchange Traded Products» – produits dont le seul objectif est de reproduire la performance d’un indice, dont font partie les ETF – comptabilisaient plus de 4000 milliards de dollars de fonds sous gestion dans le monde, un record absolu, selon BlackRock. Une fraction de ce montant vient d’investisseurs suisses.

Lire aussi: Glossaire de la gestion passive

Plus de 100 milliards en Suisse

Selon des statistiques plus récentes, fournies par Morningstar et l’association suisse des fonds, les ETF ont dépassé 100 milliards de francs sous gestion en juillet dernier, soit environ un dixième des montants investis dans les fonds de placement en général. En hausse d’un peu plus de 5% par rapport au mois précédent, ils ont atteint 103,2 milliards. C’est UBS, suivi de BlackRock qui représentent les principaux fournisseurs. Au total, 1254 ETF sont cotés à la bourse suisse, en hausse constante ces dernières années.

Lire également: Guerre imaginaire entre financiers

Une popularité qui concerne avant tout les petits investisseurs, moins les caisses de pension. «C’est avant tout aux privés que s’adressent ces produits, souligne Pascal Frei, associé de la société de conseil PPCmetrics. Mais cela ne signifie pas que les investisseurs institutionnels ne s’intéressent pas à la gestion passive, au contraire, mais ils le font par d’autres biais.» En tête, les fonds institutionnels, «qui permettent de discuter de la tarification en fonction des montants investis, contrairement aux ETF, où elle est fixe et plus importante», ajoute l’expert. Ce d’autant que le prix inclut une liquidité quotidienne qui peut être souhaitable pour un petit client mais qui n’intéresse en général pas les investisseurs institutionnels qui ont une vision à très long terme.

Désavantages

Il n’y a pas que l’aspect coût qui peut détourner les caisses de retraite des ETF. «Certains de ces produits réalisent une réplication synthétique des indices qu’ils reproduisent, ce qui signifie qu’ils ne détiennent pas physiquement les titres, mais plutôt des contrats futures ou des options, par exemple. Ce qui n’est pas forcément autorisé par les règles d'investissement de nombreuses caisses de pension», complète Graziano Lusenti, fondateur de Lusenti Partners.

Autres facteurs: les indices de référence ne sont pas non plus toujours appropriés (inclusion du développement durable, par exemple), la transparence n’est pas forcément suffisante et certaines dispositions, comme le prêt de titres que font certains ETF, ne conviennent pas aux institutionnels, ajoute encore l’expert. En outre, les fonds sont aussi souvent trop petits par rapport aux placements envisagés par ces institutionnels, les caisses de pension risquant d'avoir une trop grande emprise sur ces fonds par le poids de leurs actifs.

Lire aussi: Les ETF, ennemi numéro un sur les marchés

Jusqu’à la moitié des fonds

Ils peuvent également avoir recours à des fondations d’investissements indiciels, des véhicules qui leur sont réservés ou à des mandats indiciels sur mesure, offerts par les banques, pour autant qu’ils y placent entre 30 et 50 millions de francs, ajoute Graziano Lusenti. Les ETF peuvent être néanmoins utilisés pour des cas où ils reproduisent des marchés plus exotiques, pour lesquels il n’y aurait pas de fonds institutionnels, nuancent cependant les deux experts. Il pourrait s’agir, par exemple, d'obligations de certains marchés émergents ou d'actions d’un secteur particulier, mais pas des grands indices boursiers de la planète.

Lire également: Ce que cache la taille des ETF

Car la gestion passive – ou gestion indicielle –, en proportion des fonds investis, est probablement encore plus importante chez les caisses de pension que chez les particuliers. Il n’existe pas de statistiques précises, mais l’expert de PPCmetrics estime qu’entre 20 et 30% des fonds que les caisses gèrent sont placés de façon passive. Graziano Lusenti estime aussi que la gestion passive continue à convaincre de très nombreux gérants de caisses de pension, car elle présente beaucoup d’avantages, même s’il reste de bonnes raisons de recourir aussi, en partie, à la gestion active. Il considère que le taux de gestion indicielle peut monter à 50%, voire 70% ou 80% de la fortune totale, dans certains cas, ce qui peut se justifier car «il est difficile de battre les grands indices et si on y arrive, à quel prix?».

Publicité