L’invité

Les caisses de pension veulent nettement réduire les coûts

Les instituts de prévoyance doivent renforcer leur expertise interne et externe pour gérer des investissements plus complexes tout en maîtrisant les coûts. L’équilibre n’est pas aisé à trouver

Pour maintenir le cap malgré la volatilité actuelle des marchés et les mutations que traverse l’économie, les caisses de pension doivent faire preuve d’une vigilance de tous les instants. Ceci ne doit pas leur faire négliger leurs objectifs à long terme et notamment la nécessité de faire face à des pressions accrues en termes de financement, pressions qui résultent du vieillissement de la population et de son corollaire, la hausse du taux de dépendance.

Bien que ces défis paraissent presque insurmontables, de nombreuses caisses de pension, qu’elles soient petites ou grandes, n’hésitent pas à prendre des mesures énergiques afin d’être en mesure d’honorer leurs engagements vis-à-vis de leurs assurés. Cela est particulièrement important dans un pays comme la Suisse où selon les statistiques de l’OCDE, plus du quart de la population active est âgée de 65 ans ou davantage.

En outre, la Suisse a subi l’an dernier deux chocs importants sur le plan financier, lesquels ont suscité de vives inquiétudes quant à la capacité des caisses de pension de faire face à leurs obligations en matière de prévoyance et ce, de manière durable. Le premier a été la décision totalement inattendue de la Banque Nationale Suisse (BNS) de supprimer le taux plancher établi pour le franc suisse vis-à-vis de l’euro, taux fixé à 1,20 franc pour 1 euro. Le deuxième choc, conséquence du premier, s’est produit lorsque la BNS est devenue en avril la première institution européenne à introduire des taux d’intérêt de référence négatifs.

Consolider les régimes de retraite

De nombreux observateurs ont alors déclaré que ces deux événements pourraient avoir de graves répercussions sur l’ensemble du système de retraite. En effet, ils ont eu pour conséquences la chute considérable du marché boursier suisse et le recul important des performances des investissements étrangers non couverts. En outre, les évolutions de la réglementation, la volatilité du marché et la performance négative causée par un environnement de taux obstinément faibles a engendré une forte hausse des coûts. Tant et si bien que 30% des institutions affirment être soumises à de fortes pressions pour les réduire drastiquement selon une récente enquête de State Street. Ainsi, les fonds de pension en Suisse et de par le monde se voient dans l’obligation de revoir leur fonctionnement et de considérer d’autres moyens plus rentables de gérer leurs portefeuilles pour parvenir à verser à terme les prestations prévues à leurs assurés.

Une des mesures étudiées est la consolidation des multiples régimes de retraite. Plus de 60% des caisses de pension interrogées en Suisse ont manifesté leur intention de procéder à cette consolidation dans les trois prochaines années. Cette procédure a deux avantages notables selon eux: d’une part de diminuer leurs coûts et d’autre part d’accroître significativement les synergies opérationnelles.

Augmenter la part des placements alternatifs

Face à cette pression croissante, alimentée par la persistance de taux faibles à long terme, les caisses de pension sont poussées à rechercher des investissements procurant un rendement plus élevé, dans la limite des contraintes légales auxquelles elles sont soumises. Ainsi la plupart des caisses de pension interrogées ont confirmé leur intention d’augmenter leur allocation d’actifs aux investissements alternatifs, reconnus historiquement pour offrir ce rendement supplémentaire.

Ce besoin de trouver de meilleures sources de performance et la familiarisation croissante des institutions avec des classes d’actifs plus complexes comme l’alternatif, alimenteront certainement un mouvement naturel vers de tels investissements à l’avenir. Plus spécifiquement cette année, les caisses de pension suisses sondées ont déclaré vouloir augmenter leurs allocations dans les hedge funds (gestionnaire unique), les fonds d’infrastructure ainsi que le private equity de 78%, 52% et 70% respectivement.

Si elles cherchent à diversifier leurs stratégies d’investissement et à augmenter leurs rendements dans un contexte de taux anémiques, les caisses de pension doivent aussi respecter de nouvelles exigences de financement tant sur le plan national qu’international. En s’engageant dans des investissements alternatifs, elles s’exposent à un certain nombre de risques inhérents à cette classe d’actifs, comme la question de la liquidité. En conséquence près de la moitié des caisses de pension prévoient de renforcer leurs équipes de gestion de même que d’analyse et contrôle des risques. Trouver un juste équilibre en matière d’expertise interne et externe pour gérer ces investissements plus complexes tout en maîtrisant les coûts, constituera un enjeu majeur pour ces institutions.

Alors que les caisses de pension gèrent de nouvelles structures et recherchent un contrôle plus strict, elles doivent aussi acquérir les compétences nécessaires pour maîtriser les données leur permettant d’atteindre ces objectifs et fournir à leurs membres une vision claire des opportunités et des risques à venir.

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