«Calida possède de belles opportunités en Asie»

Textiles Depuis le rachat de Lafuma, le groupe lucernois est coté sur deux bourses en même temps

Le patron, Felix Sulzberger, «va trouver une solution» pour décoter Lafuma

Il ne s’agit de rien de moins que d’une «révolution», selon les mots du directeur financier de Calida. Annoncée dès janvier 2013, l’acquisition par étapes de 50,9% du groupe français Lafuma a fait doubler les ventes de la société lucernoise, fondée en 1941. Mais la vraie transformation de la société connue pour ses pyjamas élastiques a eu lieu en 2005 déjà avec le rachat d’Aubade, explique le patron du groupe, Felix Sulzberger, qui a reçu Le Temps dans son quartier général de Sursee (LU).

Le Temps: Calida a doublé de taille en une année. Pourquoi cette «révolution»?

Felix Sulzberger: En fait, la plus grande révolution a eu lieu en 2005, avec le rachat d’Aubade. C’était encore plus important pour nous. Quand je suis arrivé, en 2001, Calida était encore une entreprise très locale. Tout a été bouleversé avec le rachat d’Aubade, qui nous a coûté 50 millions d’euros (à une époque où le franc était beaucoup plus faible). Presque un tiers de nos cadres sont désormais étrangers, la langue parlée au conseil d’administration est passée de l’allemand à l’anglais. Avec Lafuma, c’était comme si l’on renouvelait l’opération, mais avec plusieurs marques, plusieurs sites, etc.

– Tout de même, Lafuma est bien plus important!

– C’était le but. Pendant trois ans, nous avons évalué des cibles. L’un des critères était de ne pas s’attaquer à des acquisitions trop petites: en dessous de 100 millions de francs de ventes par année, cela n’en valait pas la peine. Vous savez, une petite entreprise locale comme nous doit faire un choix stratégique. Soit nous restons un joueur local en exploitant le marché suisse. Soit nous franchissons les frontières et nous devenons un acteur global.

– Les résultats de Lafuma ont été publiés mercredi dernier. Les ventes ont baissé de 13,2% sur les neuf premiers mois de l’année. Etes-vous inquiet?

– Une partie de notre stratégie d’assainissement pour le groupe Lafuma est en effet de renoncer à des circuits des distribution non profitables. La baisse du chiffre d’affaires de Lafuma reflète donc cette stratégie. Notre première priorité pour Lafuma est de redevenir rentables.

– 40,1% de Lafuma sont encore cotés sur Euronext. Est-ce que vous envisagez d’acheter le reste?

– En premier lieu, nous ne pouvons rien faire avant janvier 2015, pour des questions légales. Ensuite, en France, il faut détenir 95% de l’entreprise pour pouvoir la décoter; il nous faudrait donc acheter 35%. L’équivalent de 30% est déjà assis avec nous au conseil d’administration de Lafuma et l’on connaît quelques autres actionnaires…

– Une décote est donc prévue…

– Il est très embêtant pour Calida d’être coté sur deux bourses en même temps [Calida à Zurich, Lafuma à Paris]. Surtout que les régulations imposées aux entreprises françaises cotées en bourse sont innombrables. Il faut deux conseils d’administration, beaucoup de travail à double pour le même résultat… On va trouver une solution. Mais il n’y a pas d’urgence.

– Calida vend désormais des chaises de jardin et des vêtements techniques en plus des pyjamas. Ne craignez-vous pas une trop grande diversification?

– Derrière le groupe Lafuma, une seule marque nous intéressait vraiment: Millet [vêtements et équipements d’alpinisme]. Et, comme Millet faisait partie du groupe, nous avons acheté le groupe entier.

– On peut donc légitimement imaginer que vous allez vous débarrasser rapidement de marques comme Lafuma Mobilier (les chaises de jardin) ou Oxbow (les vêtements de surf)?

– Pour Lafuma Mobilier, nous avons créé une société indépendante. Mais, à ce stade, nous n’allons pas la vendre. De tout le groupe Calida, il s’agit du pôle le plus rentable. C’est une affaire avec une excellente valeur ajoutée. Oxbow, c’est différent… Nous avons restructuré la marque, changé la direction et elle sera rentable dès 2014. Nous savons bien que le monde du surf n’est actuellement plus en vogue; regardez Billabong ou Quicksilver. Oxbow n’est pas une participation stratégique, la marque ne réalise que 32 millions de chiffre d’affaires par an. Disons que c’est la taille critique. Nous avons déjà été approchés pour vendre, mais n’avons pas encore pris de décision. Pour l’heure, ce n’est pas une priorité.

– En tout, combien aura coûté le rachat de Lafuma?

– 60 millions d’euros, pour acheter 59,9% d’une société qui fait 200 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et, dès cette année, je peux vous dire que Lafuma aura une contribution positive au résultat du groupe.

– 60 millions d’euros, ça fait tout de même beaucoup pour Calida, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 211 millions en 2013…

– Et pourtant nous n’avons même pas dû nous endetter. Et nous avons toujours 15 millions de francs de trésorerie net à mi-année. Calida est actuellement dans une très bonne situation.

– Est-ce que ce renforcement va vous permettre d’accroître la présence de Calida en France?

– Un peu, oui. Mais nous avons déjà des boutiques à Paris ou en Alsace. Pour Calida, la France n’est pas la cible numéro un. Notre stratégie, c’est l’ensemble de l’Europe, avec un accent notamment en Allemagne et en Scandinavie. Mais aussi, pourquoi pas, viser l’Asie. Je pense qu’il existe vraiment de belles opportunités pour Calida sur le marché asiatique. Notamment en Chine et au Japon.

– Vous produisez beaucoup en Asie. Vous sentez-vous concerné par les scandales à répétition dans le domaine du textile?

– Très peu. Nous ne sommes pas présents au Bangladesh. Et, en Chine, nous travaillons avec des fournisseurs chinois depuis une quinzaine d’années et nous les connaissons très bien. Nous employons directement trois personnes dans les environs de Shenzhen pour s’assurer que nos installations soient irréprochables.

– Est-ce que l’on peut encore considérer Calida comme une marque suisse?

– Une marque suisse, mais un groupe international. Nous employons 307 personnes en Suisse sur 2600 au total. Au niveau du groupe, nous réalisons 16,5% de nos ventes en Suisse. Pour la marque Calida, c’est plus de 40%.

– Comment se passe la mise en application de l’initiative Minder? Selon Dominique Biedermann (de la fondation Ethos), vous «contournez» l’esprit de l’initiative en ayant inclus dans vos statuts une possibilité de payer trois ans de salaire aux cadres…

– Minder, ce n’est pas seulement les questions de transparence sur les salaires. C’est une complication de plus. Notre assemblée générale à Lucerne dure presque une heure et demie de plus et coûte le double. Pour les trois ans de salaire… Nous avons peut-être été un peu naïfs. Nous avons ajouté cette clause de non-concurrence uniquement pour qu’elle figure dans nos statuts. Mais c’est purement théorique, personne n’en profitera jamais vraiment.