Innovation

En Californie, l'augmentation du salaire minimum va accélérer la robotisation

Avec l'entrée en vigueur d'ici 2022 en Californie d'un nouveau salaire horaire minimum de 15 francs, la Silicon Valley se prépare déjà à une croissance de l'automatisation. Trois secteurs sont particulièrement concernés

Le débat économico-social divise chaque démocratie capitaliste de la planète: établir ou augmenter le salaire minimum est-il un handicap pour l’emploi ou un levier d’égalitarisme social et de croissance économique par la consommation? Aux Etats-Unis la question s’est invitée dans la campagne présidentielle. Alors que sept Américains sur dix sont en faveur d’une augmentation du salaire horaire fédéral minimum, selon une étude conjointe du New York Times et de CBS, villes et états sont autorisés à fixer leur propre plancher. Pour la Californie ce sera donc 10,5 francs à partir de 2017 puis 15 francs à partir de 2022.

Ratifiée par le gouverneur Jerry Brown le 28 mars dernier, la législation devrait toucher plus de 40% de la population active. Elle constitue une première outre-Atlantique, où le salaire minimum fédéral reste bloqué à 7,25 francs par heure depuis 2009. Cet accord historique aura-t-il des effets pernicieux sur le marché du travail? Ses opposants, dont évidemment les Républicains, en sont persuadés. D’après une étude pondue par l’American Action Forum, think tank libéral, la hausse des embauches a ralenti de 2% dans la restauration à San Francisco depuis que la ville a instauré en mai 2015 un salaire minimum à 12,5 francs?

C’est justement dans ce secteur et l’hôtellerie que la Silicon Valley anticipe le boom annoncé de l’automatisation. «Plus la rémunération est haute, plus grande est l’incitation à remplacer la main-d’œuvre humaine par des machines. Surtout quand l’automatisation devient de moins en moins chère», analyse Mark Muro, du think tank Brookings Institution. «Clairement cette augmentation du salaire minimum est une bonne nouvelle pour nos affaires», confirme Steve Cousins, directeur général d’une entreprise dont les robots assurent les livraisons à la clientèle de six hôtels de la Silicon Valley. Avec un salaire horaire minimum aussi élevé, «la demande déjà existante va exploser», prédit Rajat Suri, patron d’E la Carte et co-fondateur de Lyft – rival nord-américain d’Uber.

Commander devant le restaurant mais sur une tablette

Depuis l’annonce de la législation, son système automatique de commande et de paiement est de plus en plus sollicité par des restaurateurs «qui disposent des outils comme le nôtre pour ne plus devoir absorber une masse salariale plus élevée», précise Rajat Suri dans une enquête publiée par le quotidien Mercury News. Pour Erik Thoresen, chercheur en service de restauration au cabinet d’analyse Technomic, l’automatisation va clairement toucher une industrie qui s’est déjà entichée du système de commande en ligne sur tablette, installé devant une vingtaine d’établissements de la Silicon Valley.

Capable de produire 360 burgers par heure, le robot de Momentum Machines, startup de San Francisco, est érigé par Erik Thoresenen en parangon de cette robotisation eldorado de productivité. «Mais la qualité est parfois moins bonne. Pour la restauration qui place le culinaire avec l’efficacité, c’est un souci», constate l’analyste. En plus de l’hôtellerie et de la restauration, l’agriculture devrait aller aussi céder aux sirènes de la robotique.

Pour Bryan Little, directeur des politiques d’emploi au California Farm Bureau Federation, principale organisation (non gouvernementale) agricole de Californie, «les producteurs confrontés à la concurrence des autres états et pays ne pourront pas augmenter leurs prix pour compenser une main-d’œuvre plus cher.» L’automatisation prévisible aura même des conséquences sur les types de récoltes privilégiées dans le premier état agricole des Etats-Unis: ce sera plus d’amandes et de cacahuètes.

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