Technologie

En Californie, Starry mise sur l’Internet sans fibre optique

La start-up américaine développe une technologie qui permettrait de déployer un réseau à très haut débit pour un coût 100 fois inférieur à celui de la fibre optique

Après avoir bousculé la télévision par câble aux Etats-Unis, Chet Kanojia se lance un nouveau pari: révolutionner l’accès au Web. Fin janvier, l’entrepreneur a ainsi monté une nouvelle start-up, baptisée Starry. Elle ambitionne de créer un service Internet sans fil à très haut débit.

Starry fait miroiter une vitesse de connexion d’un Gigabit par seconde. À l’heure actuelle, ce débit n’est accessible que par l’intermédiaire de la fibre optique. La jeune pousse adopte une approche différente. Elle souhaite se servir d’ondes à très haute fréquence, baptisée mm-waves et qui ne sont jusqu’à présent pas utilisées. «Les gens ont toujours pensé que la fibre optique était la réponse à tout, explique Chet Kanojia. Mais personne n’a jamais proposé une architecture pouvant être déployée aussi facilement que la nôtre».

Six fois plus que le 4G

L’infrastructure se rapproche des réseaux de téléphonie mobile. Elle reposera en effet sur de petites antennes relais, placées sur les toits d’immeubles ou de maisons. Les clients de Starry disposeront d’un petit boîtier accroché à leur fenêtre. Celui-ci captera les ondes émises par les antennes, fournissant ainsi une connexion à Internet.

Deux différences majeures sont à signaler par rapport à la téléphonie mobile. D’abord, le débit serait plus de six fois supérieur aux réseaux 4G actuellement disponibles. Ensuite, la portée des ondes émises sera bien moins élevée. Cela signifie que le réseau d’antennes devra être beaucoup plus dense pour quadriller une zone.

Pour le moment, la technologie doit encore faire ses preuves. Une première phase de tests sera ainsi menée cet été à Boston. Elle devra démontrer la faisabilité du projet, dans l’optique notamment d’attirer des investisseurs, élément indispensable pour pouvoir déployer le réseau dans plusieurs grandes villes américaines.

Des recherches similaires chez Facebook

Mais avant même ces premiers essais, Starry a été conforté par la révélation de l’existence de recherches similaires chez Facebook. Le réseau social est très actif pour favoriser l’accès au Web, notamment dans les pays émergents – son initiative Free Basics vient cependant d’être interdite en Inde. Il vient récemment de déposer plusieurs brevets relatifs aux ondes à très haute fréquence.

La solution envisagée par la start-up et par Facebook offre un avantage de taille face à la fibre optique: son coût. Déployer un réseau de fibre optique implique en effet des travaux longs et coûteux pour relier chaque immeuble avec des câbles souterrains. Cela coûte 2 500 dollars par habitation, selon Chet Kanojia.

En face, cela ne coûterait que 25 dollars par habitation, compare l’entrepreneur. Une facture 100 fois inférieure qu’il entend répercuter sur le prix de son service. Sans entrer dans les détails, il promet un abonnement bien moins cher que les 70 à 100 dollars par mois que doivent aujourd’hui débourser les Américains pour la fibre optique.

La hantise des groupes audiovisuels

Ce n’est pas la première fois que Chet Kanojia tente de faire bouger les lignes. En 2012, il avait déjà fondé la start-up Aereo, qui permettait d’accéder à un bouquet de chaînes de télévision en court-circuitant les traditionnels abonnements au câble. L’initiative avait affolé les grands groupes audiovisuels, qui avaient alors lancé de multiples actions en justice. La procédure était même allée jusqu’à la Cour suprême, la plus haute juridiction du pays. En 2014, celle-ci avait déclaré le service illégal. Aereo avait alors fermé ses portes.

L’entrepreneur pourrait connaître davantage de réussite avec Starry. La route semble en tout cas plus dégagée. L’Internet à très haut débit demeure en effet encore marginal aux Etats-Unis car les fournisseurs d’accès rechignent à investir les sommes nécessaires pour déployer le réseau. La situation commence cependant à changer sous l’impulsion de Google, avec son offre Googe Fiber.

Lancée en 2010, l’initiative s’accélère. Le service sera bientôt disponible dans une dizaine d’agglomérations. Et une dizaine d’autres sont dans les tuyaux. Face aux ambitions du moteur de recherche, les opérateurs commencent à réagir. Mais Starry espère bien prendre tout le monde de court.

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