Catastrophe

En Californie, un incendie électrique

L’incendie le plus destructeur de l’histoire de l’Etat a ravagé la ville de Paradise et pourrait coûter des milliards à Pacific Gas and Electric (PG&E) si l’entreprise est reconnue responsable du feu. Le cours de l’action est en chute libre

Depuis la publication de cet article, le bilan des feu s'est encore alourdi.

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Cal Fire, l’agence californienne chargée des incendies, met à jour quotidiennement une fiche sur le Camp Fire, qui ravage le comté de Butte au nord de l’Etat. Nombre de victimes, effectifs mobilisés, avancée de la lutte contre les flammes… Les détails sont nombreux. La case «cause de l’incendie» affiche toujours «enquête en cours».

Mais dès samedi, quarante-huit heures après le départ du feu, la rumeur a enflé chez les habitants de Paradise, cette ville rayée de la carte où 56 personnes ont été retrouvées mortes et 8500 maisons détruites: un problème sur une ligne électrique aurait provoqué l’incendie le plus meurtrier de l’histoire de la Californie.

Au moins 15 milliards de dollars de dégâts

Les regards se tournent donc vers Pacific Gas and Electric, PG&E, l’entreprise chargée de la distribution de l’électricité dans la région. Et les investisseurs s’inquiètent des éventuelles conséquences pour l’entreprise. Le groupe a effrayé Wall Street en annonçant mardi que si son équipement est en cause, les dommages et intérêts pèseront sur «sa condition financière, les résultats de ses opérations, ses liquidités et son cash-flow».

Citi Investment Research estime l’ampleur des dégâts à au moins 15 milliards de dollars (autant en francs), bien au-delà du 1,4 milliard de dollars couvert par l’assurance de PG&E. Le cours de l’action a perdu 47% de sa valeur en une semaine, finissant à son plus bas depuis 2003.

Incident signalé aux autorités californiennes

Jeudi, quinze minutes avant le départ du Camp Fire, la première compagnie d’électricité de l’Etat (16 millions de clients) a signalé aux autorités californiennes un incident sur l’une de ses lignes, à proximité de l’incendie. Une équipe aérienne de PG&E a également noté des dégâts sur l’une des tours de la zone et une cliente affirme avoir reçu un mail de la part de l’entreprise la veille de l’incendie l’informant d’étincelles potentielles sur son terrain.

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Autant d’éléments qui ont convaincu les victimes de l’incendie de la responsabilité de PG&E. «Quand allez-vous m’envoyer un chèque pour remplacer tout ce que je possédais?» s’est plainte l’une d’entre elles sur Twitter. Plusieurs habitants ont donc décidé de poursuivre le groupe en justice, l’accusant de négligence dans la maintenance de son matériel.

Environ 200 poursuites judiciaires en cours

Mardi, Geisha Williams, la patronne de la société, a rappelé au Chico Enterprise-Record, un journal local, qu’il était trop tôt pour déterminer la cause de l’incendie. Mais ce n’est pas la première fois que le nom de PG&E est associé à un incendie. Cal Fire a mis en cause son équipement dans au moins 16 des feux qui ont frappé l’Etat l’an dernier. Environ 200 poursuites judiciaires sont en cours. La facture pour le groupe pourrait atteindre 15 milliards de dollars.

La Californie applique un principe d’«inverse condemnation», qui rend responsable une compagnie d’électricité si son équipement est en cause même si elle-même n’est pas en faute. PG&E a dépensé un million de dollars en lobbying dans l’espoir de mettre fin à cette politique. L’un de ses arguments: la firme de San Francisco ne peut pas assumer seule les effets du réchauffement climatique, qui augmente le risque d’incendies majeurs.

Nouvelle loi controversée

L’effort a échoué mais le législateur a tout de même passé en septembre la loi controversée SB 901, autorisant l’entreprise à répercuter une partie de ses surcoûts sur ses usagers. La mesure a fâché assureurs, associations de victimes et le sénateur démocrate Jerry Hill, dénonçant une forme de monopole de PG&E. «Il n’est pas sûr que le profit soit la bonne motivation pour une mission de service public», prévient-il.

«Too big to fail»?

La faillite du groupe en 2001 dans la foulée du scandale Enron a montré la fragilité de la compagnie centenaire malgré ses 23 000 employés et sa valeur boursière de 13 milliards de dollars. «Nous devons faire en sorte que les investisseurs paient les pots cassés mais nous devons aussi nous assurer qu’ils restent en activité», a justifié l’élu républicain Brian Dahle. En résumé: telles les banques de Wall Street, PG&E est «too big to fail», trop gros pour faire faillite.

La problématique est la même 800 kilomètres au sud avec SoCal Edison, une autre compagnie d’électricité dont le rôle reste à déterminer dans l’origine du Woolsey Fire qui terrorise en ce moment la ville côtière de Malibu.

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