«Le franc suisse est clairement surévalué», affirme Callum Henderson, chef de la stratégie des changes de Standard Chartered Bank. Basé à Singapour, il était de passage à Genève mardi. Il rappelle que l'OCDE estimait, fin 2007, la juste valeur du franc à 1,60 contre le dollar, alors qu'il est à 1,13 actuellement. «C'est donc une bonne nouvelle pour les exportateurs helvétiques: le franc suisse devra baisser, dit le stratège. D'autant que l'appétit au risque des investisseurs fera bientôt son retour, favorisant les monnaies à plus haut rendement». Contre l'euro, le spécialiste de la banque britannique voit le franc fluctuer dans une bande stable.

Le rebond du dollar, qui est passé de presque 1,60 pour un euro le 15 juillet à près de 1,34 en l'espace de trois mois, pose quant à lui de nombreuses questions. Les autorités américaines sont-elles intervenues pour acheter des dollars depuis mi-juillet? Henderson Callum n'y croit pas. «Si le gouvernement américain était intervenu, dit-il, il l'aurait fait publiquement, comme en 1998.» Il explique d'abord le rebond du billet vert par les hauts rendements qu'il a générés récemment: «Le taux au jour le jour en dollars, très tendu, s'est envolé jusqu'à 7%.»

Actifs rapatriés en dollars

Autre explication: «Les grands gérants d'actifs américains et japonais sont massivement sortis des marchés émergents, qui ont sous-performé la bourse américaine». Ces gros fonds, qui gèrent ensemble 17000 milliards de dollars, allouent typiquement 10% de leurs portefeuilles aux marchés émergents. Dès lors, quelque 1700 milliards ont été rapatriés en dollars, marché qui reste le plus liquide, créant un impact massif.

A plus long terme, toutefois, la diversification des réserves de changes des banques centrales et des placements des fonds souverains, qui détiennent ensemble quelque 10000 milliards de dollars, pèsera sur la valeur du dollar, note Callum Henderson. «Leurs futures allocations ne privilégieront plus autant le billet vert, mais iront vers l'euro et les marchés régionaux d'Asie.

»En revanche, ces investisseurs clés conserveront leurs allocations actuelles aux bons du Trésor américain, sans quoi le marché s'effondrerait, ce qui irait contre leurs intérêts.»

Quant à la Chine, elle n'est pas près de réévaluer sa monnaie, le yuan, qui est déjà passé de 8,28 pour un dollar, à 6,88, et de 11,5 à 9 pour un euro. En effet, «les marges bénéficiaires des exportateurs chinois sont en train de fondre, car les autres pays asiatiques ont dévalué leurs monnaies contre la Chine. La réévaluation, demandée encore ce week-end par les pays du G7, n'est plus d'actualité pour Pékin», selon Callum Henderson.

Les exportations chinoises souffrent aussi du ralentissement des Etats-Unis et de l'Europe. «Nous pensons que les plans d'aide au secteur financier n'empêcheront pas une récession aux Etats-Unis, et une croissance négative en Europe», estime Tai Hui, chef économiste de Standard Chartered pour l'Asie du Sud-Est, lui aussi basé à Singapour. Selon lui, «les années de surconsommation et de surendettement aux Etats-Unis ont laissé les budgets des ménages vulnérables: leurs placements en actions perdent en valeur, leurs salaires stagnent, et la valeur de leurs maisons chute. «Leurs dépenses se réduiront nettement, de même que celles des entreprises».

Standard Chartered Bank emploie 10 personnes à Genève dans le domaine du négoce international depuis février 2007, et 64 personnes dans la gestion de fortune depuis le rachat des activités d'American Express Bank en mai.