Le Portugal ne connaît pas de phénomène identique à Syriza ou au Podemos. Alors que ces formations populistes de gauche ont le vent en poupe respectivement en Grèce et en Espagne, c’est le camp de l’austérité qui est donné favori aux législatives portugaises de dimanche. Le Parti social-démocrate (centre-droit) du premier ministre Pedro Passos Coelho qui mène un programme économique de rigueur depuis 2011 en échange d’une aide européenne de 78 milliards d’euros (85 milliards de francs) serait, selon les derniers sondages, plébiscité par une majorité de 9,6 millions d’électeurs. Le secret: les mesures imposées par les bailleurs des fonds étaient certes difficiles, mais elles ont fini par remettre le pays, après trois ans de récession, sur les rails. Selon les prévisions de la Commission européenne, le Portugal devrait enregistrer un taux de croissance de 1,6% cette année et de 1,8% en 2016.

Il y a quelque mois encore, le Parti socialiste (PS), principale force d’opposition, était donné vainqueur. Son chef de file Antonio Costa avait bâti sa campagne sur la nécessité d’adoucir les mesures d’austérité qui ont frappé les classes moyennes de plein fouet. Le chômage avait explosé à 17,5% en 2011 et le pouvoir d’achat de la classe moyenne avait baissé de près de 5% entre 2011 et 2014. Mais le vent a tourné. La baisse des prix énergétiques, le programme de rachat des obligations d’Etat par la Banque centrale européenne et l’amélioration de la compétitivité liée notamment à la baisse des salaires ont donné une bonne impulsion à l’économie.

Résultats: Les exportations ont repris et le chômage a baissé à 13% cette année. Une performance notable même si selon le PS, 90% de nouveaux emplois sont temporaires et 121000 Portugais ont quitté le pays à cause du manque de perspective. La dette extérieure se situe certes à un niveau très élevé – 130% du PIB – mais ce ratio devrait commencer à baisser dès ces prochaines années après quinze mois consécutifs de hausse.

En effet, en pleine campagne électorale, le gouvernement a obtenu un coup de main inattendu. Le 15 septembre dernier, Standard% Poor’s a relevé la note du Portugal de BB à BB +. Un cran de plus signifierait que les risques pour les investisseurs sont marginaux. «La relance économique et la consolidation budgétaire continuent d’être en ligne avec nos attentes», a écrit l’agence de notation.

«Malgré les bonnes nouvelles de ces derniers mois, l’économie portugaise reste très fragile», explique un haut fonctionnaire européen qui a participé à la supervision de programme de redressement économique du pays. Selon lui, on ne peut pas parler de miracle du fait que le chômage, plus particulièrement celui des jeunes, reste à un niveau très élevé, à 30%. Par ailleurs, il souligne que l’économique portugaise dépend de celle de l’Union européenne. Or celle-ci est certes sortie de l’ornière, mais n’a pas fait de bond significatif.

La presse portugaise pronostique aussi un deuxième mandat pour le premier ministre sortant Pedre Passos Coelho. Elle se garde toutefois de parler d’adhésion nationale à la politique d’austérité. Elle craint même que le taux d’abstention dimanche prochain puisse battre le record de 2011. Il était alors de 41,9%. Les journaux portugais n’excluent d’ailleurs pas que le Parti social-démocrate du premier ministre n’obtienne pas de majorité claire.

En l’absence de propositions alternatives à la politique d’austérité de la part de l’opposition socialiste, une petite formation de la gauche radicale retient l’attention. Le Bloc de gauche ne devrait pas bousculer les pronostics, mais il se donne de la voix contre les partis traditionnels. Son leader, Mariana Mortagua, 29 ans, s’inspire de Syriza grec et veut mettre un terme à l’austérité au Portugal. «Syriza n’a pas réussi à imposer son programme, mais il a ouvert une brèche dans la politique européenne», proclame-t-elle. Son programme est vague – un euro compatible avec un projet de gauche – mais surprise, s’il y en aura dimanche, elle viendra de ce camp.