Le sort d'ADtranz est scellé. Le groupe automobile DaimlerChrysler a vendu sa filiale d'équipement ferroviaire au canadien Bombardier. Prix de la transaction: 790 millions d'euros (1,21 milliard de francs), une somme qui inclut les dettes d'ADtranz. Depuis la création du groupe germano-américain en mai 1998, DaimlerChrysler se désengage de toutes les activités qui n'ont rien à voir avec l'automobile et les poids lourds. Preuve en est la fusion de son unité aérospatiale DASA avec le français Aerospatiale Matra (EADS) et la cession d'une partie des activités financières de Debis au profit de Deutsche Telekom. La vente d'ADtranz était donc une demie surprise pour les marchés financiers.

Mais cela suffira-t-il à redonner du punch à DaimlerChrysler, dont le titre a perdu un tiers de sa valeur en deux ans? «Cette vente confirme la stratégie de Jürgen Schrempp, le grand patron de DaimlerChrysler, estime Alberto Inguaggiato, analyste chez Lombard Odier. Il faudra toutefois plus que la vente d'ADtranz pour prouver qu'elle est payante.» Depuis la fusion, tout n'a pas été rose pour les deux groupes automobiles, avec notamment le départ de Robert Eaton, le coprésident du groupe. Issu de Chrysler, il avait pourtant signé un contrat de trois ans à la tête du nouveau groupe pour parachever ce mariage.

DaimlerChrysler procède à cette vente au moment où ADtranz (2,5% du chiffre d'affaires du groupe) commence à sortir des chiffres rouges, après avoir essuyé des pertes de 800 millions d'euros au total pendant deux ans. L'an dernier, son chiffre d'affaires s'est élevé à 3,6 milliards d'euros, en hausse de 7%. Pour DaimlerChrysler, qui a effectué certes des désengagements mais aussi des alliances stratégiques avec le japonais Mitsubishi Motors et le coréen Hyundai, ces 1,21 milliard de francs constituent une manne précieuse pour financer sa stratégie tout automobile et poids lourds. La transaction doit encore être approuvée par le conseil d'administration de DaimlerChrysler et doit être soumise aux autorités de la concurrence pour que le groupe germano-américain puisse en profiter. Si ce rachat est accepté, ADtranz sera intégré dans les activités de Bombardier Transportation. C'est l'une des divisions du groupe qui travaille aussi dans l'aéronautique, les produits récréatifs (motoneiges par exemple) ou encore les services financiers (voir tableau). Toutefois, le groupe canadien compte revendre une partie des activités liées aux systèmes de signalisation et les installations fixes d'ADtranz, ce qui devrait diminuer le prix d'achat.

Six mois de procédure

En Suisse, le groupe canadien dispose d'une filiale à Villeneuve dans le canton de Vaud (Vevey Technologies), qui emploie 170 personnes. Son directeur général, Bernard Babel, ne fait aucun commentaire à ce stade. «Aussi longtemps que les autorités compétentes n'auront pas donné leur feu vert à cette transaction, les deux groupes restent concurrents sur le marché. Cette procédure pourrait prendre jusqu'à six mois», s'est-il borné à transmettre à la presse.

Du côté des syndicats, on craint que l'accord signé récemment concernant la poursuite des activités d'ADtranz Suisse au sein de RailTech ne pose problème. «L'entreprise est sur le même créneau que les Vaudois», affirme Rolf Hilpertshauser, de l'association suisse des employés de l'industrie des machines (VSAM). La nouvelle société est en effet sur les rangs concernant l'appel d'offres lancé par les CFF pour les composants des wagons à double étage.

C'est qu'en Suisse, les syndicats sont montés aux barricades lorsque DaimlerChrysler a annoncé l'an dernier une restructuration massive de sa filiale ADtranz. Ils ont précisément obtenu la création de la société RailTech, qui reprendra le site bâlois de Pratteln et celui de Zurich (Oerlikon). Jusqu'à maintenant, les unités de Turgi (TG) et Winterthour n'ont pas été touchées par la restructuration drastique menée par DaimlerChrysler. Mais malgré leurs efforts, les syndicats n'ont pas réussi à sauver tous les emplois. ADtranz Suisse en a perdu en effet la moitié, soit 710 sur 1380. Que cela soit en Suisse ou en Allemagne, au siège de Stuttgart, personne chez ADtranz n'a voulu faire de commentaire.

Les syndicats vont donc devoir négocier avec un nouveau propriétaire. Créé en 1996 par Daimler-Benz (l'ancêtre de DaimlerChrysler) et le groupe helvético-suédois ABB, ADtranz est issu du regroupement de leurs usines de matériel ferroviaire.