Cablecom est l'objet de toutes les convoitises. «Depuis que nous avons annonçé que nous recherchions un partenaire pour Cablecom, nous avons été contactés par un grand nombre d'acheteurs potentiels», affirme Manfred Nagel, président du conseil d'administration de la société. Warburg Dillon Read, qui vient d'être choisi pour organiser la vente du premier câblo-opérateur suisse, n'aura que l'embarras du choix. Deux candidats ont clairement manifesté leur intérêt: le banquier zurichois Ernst Müller-Möhl, président du conseil d'administration de A & A Actionbank et actionnaire principal d'Ascom, ainsi que le néerlandais United Pan-European (UPC). Le deuxième câblo-opérateur européen qui, depuis quelques mois rachète des sociétés à tour de bras, vient d'acquérir le suédois Stjarn TV. «UPC pourrait bien l'emporter, car Cablecom s'intègre parfaitement dans sa stratégie en Europe», a déclaré à Bloomberg Karen Egan, analyste chez Lehman Brothers Inc. Présent en Hollande, en France, en Suède, en Hongrie et en République tchèque, UPC compléterait ainsi son réseau qui compte déjà plus de 5,5 millions de clients.

Mais de nombreux autres candidats lorgnent sur le réseau de Cablecom. Le porte-parole de Sunrise, Stephan Howeg, déclarait récemment dans les colonnes de Finanz und Wirtschaft que sa société examinait le dossier. En reprenant Cablecom, l'entreprise de télécommunication pourrait avoir accès à 1,3 million de clients, sans devoir utiliser le réseau de Swisscom.

Restent ensuite toutes les candidatures non déclarées, mais que l'on évoque en coulisses. La Deutsche Bank serait intéressée. Tout comme les britanniques NTL et Cable & Wireless, ainsi que AmericaOnline. La Fondation Sandoz et même Nicolas Hayek, associé à l'ancien patron de Cablecom Léo Fischer, seraient également sur les rangs. Difficile de dire si toutes ces candidatures ont vraiment été déposées. Quoi qu'il en soit, les trois actionnaires principaux de Cablecom – Swisscom, Siemens et Veba –, qui détiennent chacun 32% du capital de la société, réaliseront une bonne affaire. Le prix de vente sera à coup sûr supérieur à la valeur de l'entreprise, évaluée à 1,2 milliard de francs. Depuis le développement des télécommunications à travers le réseau câblé, le potentiel du câblo-opérateur a été multiplié par deux ou par trois, estiment les spécialistes.

40 millions de clients

Pour racheter le réseau de MediaOne, l'entreprise américaine de télécommunication AT & T n'a pas hésité à débourser 4600 dollars pour chaque client. A ce prix-là, Cablecom vaudrait plus de huit milliards de francs. Swisscom, dont les caisses sont vides suite au rachat de l'allemand Debitel, apprécierait probablement. Les trois actionnaires principaux ne semblent pas pressés. «Il serait souhaitable que la vente se déroule dans le courant de l'année, mais les propriétaires ne sont cependant pas sous pression», avait déclaré il y a quelques semaines Manfred Nagel. Même s'il préférerait que des investisseurs suisses aient encore leur mot à dire au sein de l'entreprise, le patron de Cablecom reste cependant ouvert à toutes les candidatures.

En Europe, près de 40 millions de personnes sont reliées au réseau câblé, dont une moitié est encore détenue par les anciennes entreprises de télécommunication. Pour répondre aux exigences de la Commission européenne, qui entend faire jouer les règles de la concurrence, celles-ci devront pourtant se séparer de leurs participations dans les câblo-opérateurs. De belles batailles, auxquelles comptent bien prendre part les sociétés américaines, sont donc programmées.