C’est le chiffre qu’il faut avoir en tête avant le scrutin présidentiel français. En tête des 144 propositions de Marine Le Pen, le retour de la France à «la souveraineté monétaire» – soit la sortie de l’euro, sans utiliser le terme pour éviter d’effrayer les épargnants et les marchés – coûterait à minima 30 milliards d’euros par an, soit un quasi-doublement de la charge des intérêts de la dette, en raison de la hausse assurée des taux.

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La candidate du Front national est la seule des principaux candidats à préconiser frontalement l’abandon de la monnaie unique, via l’organisation d’un référendum sur le «Frexit» à la mode britannique. Porte-parole de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon propose, lui, d’imposer à la Banque centrale européenne le rachat de la dette des Etats membres de la zone euro, et le passage de la «monnaie unique vers une monnaie commune» destinée à «redonner de la marge de manœuvre aux Etats». Ce qui devrait conduire à des conséquences financières identiques à celle du projet frontiste.

Candidat le plus orthodoxe

Côté dépenses publiques, le candidat le plus orthodoxe sur le papier est François Fillon, qui préconise une diminution de 100 milliards d’euros sur 5 ans grâce, notamment, à la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires. Problème comptable: le candidat de la droite veut accompagner cet effort d’une baisse massive des prélèvements d’environ 50 milliards d’euros, dont 40 pour les entreprises. Si son programme est appliqué, la dette publique dépasserait les 100% du PIB, et le déficit budgétaire exploserait en 2017 à 4,7% du PIB dans l’optique d’un retour à l’équilibre en 2022, soit à la fin du quinquennat.

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Marine Le Pen propose, pour sa part, de «rendre 40 milliards d’euros aux Français» dont vingt milliards via des baisses d’impôts. Elle préconise par ailleurs d’ouvrir plusieurs chantiers très dispendieux tels la construction de 40 000 places de prison, le recrutement de 15 000 gendarmes et policiers, la création d’un fonds d’investissement pour soutenir la réindustrialisation ou la nationalisation des sociétés d’autoroute. Comment y parvenir tout en réduisant – comme son programme l’affirme – l’endettement à 89% du PIB en fin de quinquennat? Par une taxe sur les importations de 30% et une croissance économique annuelle de 2%. Deux scénarios jugés irréalisables par la plupart des économistes.

Revenu universel

Les candidats de gauche sont, sans surprise, eux aussi portés sur la dépense et refusent le «diktat communautaire» du plafonnement du déficit public à 3% du PIB que François Hollande s’est efforcé de respecter. Le vainqueur de la primaire du PS Benoît Hamon s’est surtout distingué durant sa campagne par son projet d’instauration d’un Revenu universel pour les jeunes d’environ 700 euros par mois, qui coûterait environ 300 milliards annuels s'il était étendu à l'ensemble de la population. Une facture salée à laquelle s’ajoutera la création de 37 000 postes supplémentaires dans l’éducation nationale. Avec, coté recettes, la proposition d’un impôt sur les robots et la promesse d’une lutte accrue contre l’évasion fiscale. Jean-Luc Mélenchon, qui dévoilera ce week-end le cadrage budgétaire de son projet, estime carrément que «la dette publique est de la rigolade» et propose de réquisitionner certaines banques privées.

Reste Emmanuel Macron, dont on attend toujours le programme détaillé, promis pour début mars dans le cadre de son futur «contrat avec la nation». L’ancien ministre de l’économie répète toutefois que «le sérieux budgétaire va de pair avec le sérieux fiscal» et propose «la fixation annuelle d’un objectif de dépenses publiques». Il préconise d’économiser 60 milliards d’euros durant le quinquennat et de maintenir le déficit budgétaire sous les 3% du PIB pour consolider la crédibilité européenne de l’Hexagone. Sa volonté «d’optimisation des moyens de l’Etat» est toutefois floue. On sait que le plafonnement des indemnités chômage, la réforme des aides au logement, et la baisse des dotations aux collectivités locales feront partie de ses propositions.