«L’essentiel de nos débats a été consacré à la zone euro.» Hier en fin d’après-midi, lors d’une conférence de presse, Nicolas Sarkozy a confirmé l’impression qui régnait depuis mercredi à Cannes. L’agenda du sommet du G20 a été bouleversé par l’annonce surprise lundi d’un éventuel référendum en Grèce; les réunions au Palais des festivals ont été largement dominées par la crise grecque.

«L’aspect le plus important de nos travaux sur les deux prochains jours sera de résoudre la crise financière ici en Europe. […] C’est ici, au G20, que nous allons devoir évoquer en détail les modalités [du] plan [de sauvetage européen] et comment le mettre en œuvre», avait déclaré Barack Obama plus tôt dans la journée.

Le mini-sommet de crise convoqué mercredi en fin d’après-midi par le président français avait donné le ton. Il a réuni la chancelière allemande, les dirigeants des institutions européennes et la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, puis Georges Papandréou, le premier ministre grec. Au cours d’une conférence de presse tenue dans la nuit, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, graves et solennels, ont sommé la Grèce de prendre ses responsabilités et de dire clairement si elle entendait rester dans la zone euro.

Durant la matinée de jeudi, les réunions de travail avec les pays de la zone euro présents à Cannes (l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne), les institutions européennes et le FMI se sont poursuivies, interrompues plusieurs fois. Elles se sont prolongées jusqu’à l’heure du déjeuner, si bien que la conférence de presse convoquée par José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne et Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen, a finalement été annulée.

Au final, les menaces en provenance de Cannes ont produit leur effet. En indiquant explicitement qu’une sortie de la République hellénique de la zone euro était devenue envisageable, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont contribué à faire évoluer la situation dans le pays (lire en page 4), où l’opposition s’est finalement ralliée à l’idée du plan de sauvetage. La déclaration franco-allemande a créé «une forme d’électrochoc», a estimé Nicolas Sarkozy hier soir. «Nous devions envoyer un message de crédibilité au monde entier. La zone euro est décidée à se prendre en main et à faire son devoir», a-t-il ajouté.

En fin de journée, les séances de travail ont commencé à être consacrées à d’autres sujets, comme la gouvernance mondiale, la taxe sur les transactions financières ou le développement. «Je ne veux en aucun cas minimiser l’importance de la crise [grecque], mais je pense que tout en y faisant face, nous devons garder à l’esprit les pays les plus pauvres», a notamment déclaré Bill Gates. Le milliardaire philanthrope et fondateur de Microsoft a été sollicité par Nicolas Sarkozy pour rédiger un rapport sur les financements innovants qu’il a présenté aux chefs d’Etat.

La place prise par la crise de la zone euro au cours du sommet a aussi produit des mouvements d’humeur parmi les pays non membres de l’Union. Selon l’AFP, le président russe Dmitri Medvedev a lâché: «Je ne voudrais blesser personne, mais les actions de nos partenaires devraient être beaucoup plus dynamiques et beaucoup plus fermes pour remettre de l’ordre. Sinon nous serons encore longtemps les otages de ces problèmes.»

«C’est surtout à l’Europe de régler le problème de sa dette», a estimé de son côté le président chinois cité par l’agence Chine Nouvelle. Hu Jintao a ajouté: «Nous croyons que l’Europe a toute la sagesse et la capacité [nécessaires] pour résoudre ce problème de la dette.» Selon le dirigeant chinois, le G20 devrait aussi «envoyer un signal clair sur la nécessité de maintenir la croissance et la stabilité pour la communauté internationale».

La centaine d’organisations non gouvernementales (ONG) accréditées à Cannes, actives dans le développement, les questions alimentaires, climatiques ou la lutte contre les paradis fiscaux, partagent la crainte des pays émergents. «Nous espérons que l’impact du G20 dépassera la question grecque, a lancé Sam Worthington, le président de l’ONG américaine Interaction. Nous redoutons que les discussions ici ne portent que sur les questions immédiates et non pas sur le futur.»