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Des syndicalistes d’UNIA remettent une pétition contre la délocalisation de Thermo Fisher en République tchèque au Président du Grand Conseil vaudois Gregory Devaud.
© CYRIL ZINGARO / Keystone

emploi

Le canton de Vaud victime d’une loi des séries en matière de restructurations

Sicpa, Bombardier, Thermo Fisher, les mauvaises nouvelles se multiplient dans la région, qui pourrait perdre 800 postes. Les syndicats se disent débordés par l’ouverture de tous ces fronts. Le souvenir de la crise du tournant du millénaire refait surface

Le portable de Noé Pelet ne s’arrête plus de sonner. Responsable de l’industrie pour Unia Vaud, le délégué syndical confesse avoir la «tête dans le guidon». Face à lui, et son équipe, trois fronts syndicaux ouverts: Bombardier, qui prévoit de licencier 650 personnes, dont 550 à Villeneuve; Thermo Fisher, 95 postes biffés à Ecublens; et Sicpa, qui pourrait licencier jusqu’à 150 personnes à Prilly, comme a appris mercredi Le Temps.

Lire aussi «Sicpa va biffer jusqu’à 150 postes à Prilly»

Trois dossiers complexes liés à des multinationales implantées dans le canton de Vaud. «C’est une situation exceptionnelle. Nous avons eu connaissance du cas Sicpa il y a deux semaines. Nous avons eu des contacts avec les employés, mais nous n’avons pas encore été mandatés pour les accompagner dans ce dossier», lâche le syndicaliste, en soulignant qu’Unia devrait débloquer des ressources supplémentaires si les employés de Sicpa – peu syndiqués – venaient à le faire.

Des secteurs à haute valeur ajoutée

«Ce ne sont pas des cas anodins, souligne Noé Pelet. Ces entreprises industrielles sont sur des secteurs à haute valeur ajoutée. Il faut encore citer dans les environs les cas de Medtronic [qui envisage de fermer son site neuchâtelois avec 115 emplois à la clé, ndlr] et, à Genève, le cas de Parker Hannifin (59 licenciements).» Chez Thermo Fischer, les travailleurs ont fait grève pendant six jours en avril puis débrayé ce mardi. Entre employés et employeurs, les bras de fer se multiplient dans la région.

Crise du bâtiment en 1990

De mémoire de syndicaliste, on n’avait pas vu cela depuis la fin des années 1990. Comme se souvient Carlo Carrieri d’Unia. A l’époque, la crise du bâtiment – qui représentait 30% de l’économie vaudoise – contamine les autres secteurs. Carlo Carrieri doit alors gérer des dizaines de restructurations, avec à chaque fois entre 10 et 50 licenciements à la clé. «Les électriciens, les peintres: il y avait des corps de métier complètement arrêtés.» Le secteur perd 20 000 emplois entre 1985 et 1998. Puis c’est au tour de l’industrie avec des restructurations retentissantes: Metalcolor, Sapal ou Coca-Cola.

Lire aussi: «Vaud est l’un des cantons les moins industrialisés de Suisse»

Rien à voir avec aujourd’hui, souligne Carlo Carrieri. «La crise est survenue d’un coup, là ça fait un moment qu’on dit que ça va mal. On a eu le temps de la voir arriver. On a l’habitude de dire quand le bâtiment ne va pas, rien ne va. Et pour le moment, il va plutôt bien.»

Parent pauvre de l’économie

Le parent malade de l’économie est cette fois à chercher du côté de l’industrie manufacturière. Plombées par le franc fort, les marges se sont réduites dans la plupart des entreprises. De passage à Lausanne à l’occasion de la Journée des employeurs, Doris Leuthard exprimait jeudi sa «préoccupation» face aux postes de travail qui disparaissent dans le secteur industriel.

Lire aussi «Dans l’industrie, le spectre d’une croissance sans emplois»

Autre mauvaise nouvelle pour le canton: Vaud est désormais classé parmi les cantons «pauvres» de Suisse et devrait recevoir 61,1 millions de francs des cantons «riches» en 2018, selon la nouvelle péréquation financière, publiée mardi par l’Administration fédérale des finances. La mesure n’est pas liée aux suppressions d’emplois récentes mais atteste de l’érosion des recettes fiscales d’un canton qui, dans le tournant du millénaire, a multiplié les incitations fiscales pour attirer les multinationales.

Pascal Broulis tempère

Un raccourci fallacieux, pour l’argentier du canton Pascal Broulis: «Les trois restructurations concernent des entreprises implantées ici depuis longtemps et qui n’étaient au bénéfice d’aucune mesure fiscale.» Pour le conseiller d’Etat PLR, l’économie vaudoise est beaucoup plus diversifiée que lors de la crise des années 1990. «Les entreprises en restructuration ont trois profils bien distincts: le mandat public de Bombardier se terminait, Thermo Fisher délocalise dans la zone euro et Sicpa repositionne ses activités.»

Alain Gilliéron admet être l’un des principaux intéressés par la santé économique du géant des encres de sécurité. Syndic PLR de Prilly, où la multinationale a établi son siège mondial, il a été l’un des premiers informés par la restructuration de ce «bon contribuable»: «C’est toujours très ennuyeux de perdre une centaine d’emplois. J’en suis le premier désolé, mais je suis aussi rassuré de voir que Sicpa veut rester sur le territoire et se développer dans d’autres secteurs.» A Prilly, le groupe a racheté des parcelles du groupe Bobst où il détient toujours un permis de construire.

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